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10 questions sur le métier de diplomate à... Patrice Paoli

Patrice Paoli - Quai d’Orsay, Ministerio de Asuntos exteriores, París - 4 de mayo de 2016

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1) Pourquoi avoir choisi la diplomatie ? Quelle était votre motivation personnelle du départ qui vous a donné envie de vous tourner vers ce secteur ?

Lorsque j’étais en classe de CM1, la maîtresse nous donna comme sujet de rédaction - vieux classique- la question suivante : « Quel métier voudriez-vous exercer plus tard ? ». Mon père, pour qui j’avais une profonde admiration, était diplomate et je n’avais pas cherché plus loin. J’avais donc répondu que je suivrais le même chemin et j’avais même décrit le parcours que je suivrais pour cela après le baccalauréat : Sciences Po (inspiré par l’exemple de mon frère aîné qui était en première année dans cet école) et, comme mon père, l’Institut des langues orientales, en précisant que j’y apprendrais l’arabe et le persan pour entrer au ministère des affaires étrangères.

Plus tard, j’ai retrouvé cette rédaction avec le sourire (mes motivations n’étaient pas très claires lorsque j’avais 9 ans !), mais au moment de choisir ma voie après le baccalauréat, j’ai constaté que c’était là ma vocation profonde. J’avais envie de poursuivre ma découverte du monde dans un métier me mettant en contact avec l’autre, comme je le faisais depuis l’enfance dans tous les pays où j’avais vécu, tout en me plaçant au service de l’action extérieure de mon pays. J’avais ce goût du voyage ancré en moi avec l’idée que le métier de diplomate me permettrait de vivre durablement dans différents pays pour avoir le temps de vraiment les connaître. Je me suis donc inscrit à Sciences Po et à Langues O (arabe littéral et persan).

2) Quel genre de difficultés avez-vous rencontré pendant votre vie d’étudiant ou au début de votre carrière ?

Je n’ai pas à proprement parler rencontré de difficultés dans ma vie d’étudiant, ayant choisi clairement ma voie et les moyens d’y arriver. L’obstacle à franchir était le concours d’entrée au Quai d’Orsay, puisque j’avais choisi l’entrée directe par le concours d’Orient, valorisant une spécialité, en l’occurrence la connaissance d’une région (la zone Afrique du Nord-Moyen Orient dans mon cas) et la connaissance de langues qui y sont pratiquées. J’ai passé deux concours, d’abord celui de secrétaire adjoint (aujourd’hui de secrétaire) et de secrétaire (aujourd’hui de conseiller) des affaires étrangères, cadre d’Orient.

Mon début de carrière ne m’a pas non plus confronté à des difficultés particulières, sinon celle de l’apprentissage d’un métier dont je me suis aperçu que, si je l’avais rêvé enfant ou adolescent, je ne savais au fond pas grand-chose.

3) Avez-vous toujours eu une image tracée de votre avenir professionnel, ou vous êtes vous laissé porter par les diverses opportunités que l’on a pu vous proposer ?

Je n’avais pas une vision préétablie de ce que serait ou devrait être ma carrière. J’ai donc franchi étape après étape et ma vision de mon propre avenir s’est construite au fil de l’eau, selon les propositions qui m’étaient faites en réponse (mais pas toujours) à mes propres vœux. Je ne me suis pas laissé porter, mais je me suis adapté en permanence. Des propositions m’ont été faites auxquelles je n’avais pas nécessairement pensé et que j’ai acceptées. Il m’est aussi arrivé d’en refuser d’autres qui étaient trop éloignées de mes vœux. Mais je n’ai pas à me plaindre, j’ai été bien traité !

4) À votre arrivée sur le terrain, avez-vous ressenti un décalage entre la réalité du métier et vos attentes ?

Par rapport à ma vision d’enfant (qui était une exaltation du voyage et de la découverte sans lien avec la réalité du métier), la réalité s’est en effet avérée très différente ! Sinon, entré au ministère des affaires étrangères sans a priori mais avec un grand appétit de découverte, j’ai fait l’apprentissage du métier progressivement. Je n’ai donc pas ressenti de décalage à proprement parler, parce que je n’avais pas du métier une vision préconçue. Ceci étant, je constate souvent dans mes conversations avec des personnes d’âges et d’horizons très divers la sorte de mystère qui entoure le métier et la vie de diplomate. Notre métier est souvent mal connu et il y a dans l’inconscient collectif une série d’images d’Épinal du diplomate qui ont la vie dure, entre les réceptions et les salons sensés constituer son biotope exclusif (notre métier s’accomplit aussi - et de plus en plus - sur le terrain et pas seulement dans des salons !), la prudence et le vocabulaire contourné dont le diplomate ne s’écarterait jamais (alors que les situations de crise auxquels le diplomate est en permanence exposé, de même que les exigences de la communication impliquent au contraire une prise de risque), etc. Le décalage que je n’ai pas personnellement ressenti existe certainement dans l’opinion, entre l’image que l’on se fait souvent de notre métier et la réalité de celui-ci.

5) Rapidement, comment décririez-vous la journée type d’un diplomate ? Que ce soit votre routine professionnelle ou la vie d’expatrié dans de nouvelles contrées

Difficile question ! Il n’y a pas aujourd’hui « un » métier de diplomate mais des métiers parfois très différents. Ceci étant, on peut essayer d’organiser une journée autour de quelques grands traits généraux communs à tous les diplomates.

A l’arrivée au bureau (même si aujourd’hui la ligne de partage entre la vie au bureau et hors de celui-ci s’estompe avec les moyens de communication modernes qui permettent l’accès à l’information et à la correspondance, y compris protégée, en tout lieu : qui n’a pas sur son téléphone ou sa tablette sa ou ses messageries, ses liens pour lire la presse etc. ?) : prise de connaissance de l’actualité de la nuit et du matin. Lecture, traitement et tri des correspondances arrivées par voie électronique. En fait, on a maintenant toujours un œil rivé sur son portable ou sur son écran d’ordinateur pour lire les correspondances et en envoyer. Notre vie s’organise de plus en plus aujourd’hui au rythme de l’actualité.

Puis généralement la matinée débute par la réunion de service, que ce soit en poste ou à Paris, pour examiner les priorités et le programme de la journée et distribuer les tâches.

Viennent ensuite les réunions de travail, visites à l’extérieur et rencontres au bureau avec ses interlocuteurs.

Enfin, les déjeuners et dîners de travail (il y a peu de dîners de travail à Paris).

Au-delà de ces généralités, difficile de spécifier plus.

En tant que directeur du Centre de crise et de soutien du ministère, ma vie « ordinaire » est rythmée par ces différents éléments mais quand survient une crise, tout est chamboulé. L’urgence exige une mobilisation de tous les instants.

6) Quelles sont d’après vous les difficultés du métier ainsi que ses limites ? Que ce soit par rapport à l’individu en exercice ou bien l’emploi en lui-même.

La difficulté du métier réside dans une constante nécessité d’adaptation à un monde dans lequel l’information circule de plus en plus vite, ce qui nécessite une réaction quasi instantanée à l’événement. La pression des médias et, plus largement de l’opinion, avec les relais que sont les médias sociaux, requiert souvent une prise de position immédiate. C’est là je crois l’écart le plus grand entre le monde que j’ai connu à mon entrée au Quai d’Orsay et le monde d’aujourd’hui : l’accélération permanente du temps et le peu de temps que nous avons aujourd’hui pour prendre du recul, réfléchir. Et c’est donc là que se trouve aujourd’hui le principal défi : la diplomatie, même si elle doit s’adapter et répondre rapidement, doit aussi se faire en ayant une vision du moyen et long terme, afin de définir des objectifs stratégiques : on ne peut pas faire une politique cohérente en soumettant toute notre action à la dictature de l’urgence de de la communication.

Le deuxième défi est que nous vivons dans un monde de plus en plus dangereux. Lorsque j’ai commencé ma carrière de diplomate, on pouvait voyager dans pratiquement le monde entier sans risque majeur. Aujourd’hui, la multiplication des conflits et la diffusion sans frontières du terrorisme rendent notre vie et notre travail plus difficiles.

Plus généralement, le métier de diplomate nous invite en permanence à remettre en cause nos propres certitudes pour mieux appréhender et comprendre la pensée des autres : rester constamment ouvert, sans bien entendu oublier ses propres principes et références, mais en cherchant toujours à comprendre les raisons de l’autre.

Enfin, dernière difficulté, la vie de diplomate est exigeante sur le plan familial car elle exige un perpétuel mouvement, donc un déracinement régulier, notamment pour les enfants. La vie à l’étranger et la découverte de nouveaux pays est une richesse, mais cette vie de nomade a aussi un prix.

7) D’après vous, qu’est-ce que ce métier vous a apporté au niveau humain ?

Il m’a apporté ce que je cherchais sans doute depuis mon enfance, consciemment ou non : la rencontre et la connaissance de l’autre. Le métier de diplomate est avant tout dans mon esprit la recherche permanente de la communication avec l’autre, afin de mieux le connaître et le comprendre, afin de diminuer, voire éliminer les raisons d’affrontement. N’est-ce pas dans l’ignorance ou la méconnaissance de l’autre, voire, plus grave, dans sa négation ou celle de ses droits ou de sa façon, souvent différente de la nôtre, de voir le monde que naissent les conflits ? C’est pour être un bâtisseur de ponts entre individus différents par la langue, l’histoire et la culture, que j’ai choisi cette voie. Je ne le regrette pas. Il y a tant à faire ! Ma vie de diplomate a été pour moi et est encore un enrichissement permanent au contact de l’autre.

8) Quels seraient les conseils que vous donneriez aux jeunes étudiants intéressés par ce choix de carrière ?

Je leur conseillerais, s’ils ont la vocation de ce beau métier, de réfléchir dès le début de leurs études à rassembler les cartes leur permettant d’y accéder. Il y a plusieurs façons d’entrer au Quai d’Orsay. Une des voies d’accès direct est le concours d’Orient qui implique une spécialisation en amont avec la bonne connaissance d’une région et d’une ou plusieurs langues orientales. Il faut donc s’y préparer suffisamment tôt. La bonne connaissance de l’anglais est de plus une nécessité aujourd’hui.

9) Quelles sont les perspectives de carrière en tant que diplomate ? Est-il simple d’allier nos envies à ce que l’on nous propose ?

Les perspectives dépendent des concours passés et donc du corps d’appartenance. La voie du concours de conseiller des affaires étrangères –ou de secrétaire des affaires étrangères- ouvre la voie à un poste de consul général ou d’ambassadeur. Il existe aussi des voies de promotion interne qui permettent de gravir les échelons, mais la voie la plus sûre est celle des concours : bien choisir le concours adapté à son objectif et bien s’y préparer !

10) Considérez-vous la diplomatie comme un choix de vie ou une carrière comme une autre ?

Je pense que le métier de diplomate a ses particularités. D’autres métiers impliquant l’expatriation peuvent avoir des points communs, mais je reste persuadé que ce métier est un métier spécifique, unique, qui implique un véritable choix de vie. Mais quel beau métier !

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