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Ces 14 députés tunisiens tracent un chemin pour l’avenir

Karim Ben Cheikh - Quai d’Orsay, Paris, France - 15 octobre 2015

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Karim Ben Cheikh est chargé de mission au CAPS. Du 13 au 19 septembre 2015, il a accompagné une délégation de quatorze parlementaires tunisiens, à la découverte des institutions françaises. Il nous raconte cette semaine-marathon, pendant laquelle il s’efforce également de terminer une note sur les « migrations ». Retour sur une visite qui fut aussi l’occasion pour lui de se souvenir de son enfance passée en Tunisie.

Dimanche 13 septembre 2015

Temps pluvieux. Aéroport d’Orly. Quelques souvenirs de Tunisie me viennent à l’esprit. Premiers jours de 1984. Des blindés circulant sur l’avenue Habib Bourguiba. Des détonations sporadiques. Je découvre le mot couvre-feu. Rentrée scolaire 1987. Nous commentions dans la cour d’école les baignades estivales du Président, principale information des journaux télévisés de l’été. Quelques semaines plus tard, nous commentions un coup d’Etat médical. 1988. Des affiches de toutes les couleurs apparaissent sur les murs à l’occasion des élections. Elles disparaissent aussi vite pour laisser place, pour longtemps, aux portraits présidentiels. 1995. Départ pour la France. Presqu’une fuite tant l’envie d’aboyer, comme le dit une blague tunisienne, est grande. Sorbonne. Manifestations estudiantines. Je m’en donne à cœur joie.

Vingt ans plus tard, devenu diplomate français, me voilà dans un hall d’aéroport à attendre l’arrivée de 14 députés tunisiens. Représentants d’un peuple qui a su reconquérir le pouvoir démocratique. D’un peuple qui n’a pas fui. Le changement a bien eu lieu. Ils arrivent. Mines joyeuses. Ils sont jeunes. Semblent optimistes. Bienvenue.

Lundi 14 septembre 2015

Temps pluvieux. La semaine s’annonce chargée. Premier tunnel de réunions pour les députés. Séances de travail à l’Assemblée Nationale. Les questions des députés tunisiens sont précises. On confronte les modèles, les problèmes rencontrés au jour le jour. Quoi faire quand une proposition de Loi et un projet de Loi se concurrencent ? Doit-on fusionner les deux ? Qui porte le texte final ? Un député ? Un membre du gouvernement ? … La discussion est des plus instructives pour le fonctionnaire que je suis. Ils tracent un chemin pour l’avenir, conscients que ce qu’ils décident aujourd’hui aura valeur de précédent.

La délégation se rend ensuite au Conseil Supérieur de la Magistrature tandis que j’en profite pour rentrer au bureau et finir une note sur les migrations et l’idée de mobilités pendulaires. Je les rejoins à l’Institut du Monde Arabe. Comment était-ce au CSM ? « Un grand moment. Discuter avec le Premier Président de la cour de cassation, c’est énorme » répond un premier. « Au-dessus de lui, en matière de justice, il n’y a plus que Dieu ! » plaisante un second. Jack Lang , Président de l’IMA, arrive. Il lance la discussion. Dit qu’il a à l’esprit l’idée d’une exposition sur la Tunisie contemporaine. « Pourquoi pas une exposition autour du Bardo ? » propose une Députée. « Les mécènes ne manqueraient pas tant la symbolique est forte » s’enthousiasme-t-elle. Tout le symbole de la résistance tunisienne… Pourquoi pas, en effet. Exposer les trésors de la Tunisie Romaine et Punique à Paris, au moment où Daech détruit Palmyre. L’idée semble séduire l’assemblée. A suivre…

Mardi 15 septembre 2015

Il fait beau. Je retrouve les députés directement au Sénat. Rencontre avec Jean-Pierre Sueur, Président du groupe interparlementaire d’amitié France-Tunisie. La discussion est très tendre. La Tunisie compte décidemment beaucoup d’amis.

Suivent d’autres séances de travail avec les députés Jean-Jacques Urvoas et Razzy Hammadi puis entretien au Conseil Economique, Social et Environnemental avec le Président Delevoye avant de nous diriger vers le Secrétariat d’Etat au Développement et à la francophonie. La Secrétaire d’Etat, Annick Girardin les reçoit sur le Perron du Ministère, visiblement heureuse de les accueillir. Elle souligne la jeunesse de la délégation tunisienne, clin d’œil à son déplacement en Tunisie quelques mois plus tôt pour participer au forum de la jeunesse.

En partant, le directeur de Cabinet de la Secrétaire d’Etat me demande où en est la réflexion du Centre d’Analyse de Prévision et de Stratégie (CAPS), auquel j’appartiens, sur les migrations. Je lui expose les grandes lignes de notre travail et lui promets une note très rapidement. La soirée s’annonce longue…

Mercredi 16 septembre 2015

Temps pluvieux. Petit déjeuner à l’Hôtel de Lassay avec la vice-présidente de l’Assemblée Nationale. Visite au pas de course de l’Hôtel de Lassay et du Palais Bourbon. Passage rapide au Quai d’Orsay où les députés sont reçus par le Directeur-adjoint de Cabinet du Ministre, qui leur souhaite la bienvenue au nom du Ministre. Je quitte le groupe de députés pour rejoindre mon bureau. J’en profite pour intégrer les remarques de mes collègues à la note sur les migrations et retourne rapidement rejoindre les députés. Départ, toujours au pas de courses pour Matignon. Réunion avec l’équipe du Premier Ministre puis arrivée du Premier Ministre himself venu témoigner son attachement à la jeune démocratie tunisienne. Tout le monde est ému je pense. Tant les tunisiens que les français présents. Rapide séance photos. La journée est finie pour nos invités. Elle continue pour moi. Vive le télétravail…

Jeudi 17 septembre 2015

Temps indéterminé, il est trop tôt et il fait encore trop sombre pour le savoir. Rendez-vous à la gare du Nord pour un départ matinal pour Bruxelles. Nous assistons au vote du Parlement européen sur la proposition de la commission pour aider à l’accueil des réfugiés. Le texte est adopté au grand regret de certains parlementaires assis à l’extrême droite de l’hémicycle et qui ne manquent pas d’exprimer leur désaccord. Réunions au Conseil et à la Commission pour des discussions passionnantes tant sur les questions de développement que sur celles de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme. Rendez-vous est pris à Tunis avec certains de nos interlocuteurs pour des auditions à l’Assemblée des Représentants du Peuple. Retour à Paris, quelque peu fourbus, mais contents, les députés regagnent leur hôtel. Retour au télétravail et aux migrations pour ma part…

Vendredi 18 septembre 2015

Temps pluvieux. Je ne rejoins pas les députés qui ont encore d’autres séances de travail à l’Assemblée puis au Conseil constitutionnel et au CSA. Je prépare mon déplacement du lendemain au Maroc où je dois rejoindre la délégation du Président de la République. Ça sera l’occasion pour moi de revoir quelques interlocuteurs marocains. Je suis en retard pour une réunion interministérielle sur les flux migratoires. Je présente à grands traits les propositions du CAPS en la matière. Je repasse au bureau. La note est prête à être diffusée. Je rejoins ensuite les députés à leur hôtel pour leur dire au revoir et mon regret de ne pas avoir pu les accompagner lors de cette dernière journée. Ils m’invitent à passer au Parlement tunisien. Je ne manquerai cela pour rien au monde.

Samedi 19 septembre 2015

Temps incertain. Aéroport de Roissy. Je retrouve d’autres collègues. Nous attendons le départ pour le Maroc. Je pense à ces jeunes députés tunisiens. Cette semaine a réellement été enthousiasmante tant les perspectives sont nombreuses et tant ces jeunes députés sont porteurs d’espoir. Je repense à cette blague désormais dépassée. L’histoire d’un chien qui voulait juste avoir le droit d’aboyer…

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