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Comment peut-on apprendre le finnois !

Etienne Rolland-Piègue - Séoul, République de Corée - date fmt jour mois annee

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On a tous entendu parler de ces diplomates polyglottes, capables d’apprendre une nouvelle langue en quelques semaines et de l’ajouter à un palmarès qui en compte déjà plus que les doigts des deux mains. En vérité, ces individus sont rares. Beaucoup d’entre nous peinent à entretenir leur niveau dans les langues présentées au concours d’entrée au ministère ou acquises à grand peine au cours des premières étapes de la carrière. Au bout de quelques postes, l’appétit pour apprendre une nouvelle langue s’estompe, les efforts se relâchent, et l’on a tendance à se replier sur l’anglais pour les entretiens de travail, tout en marquant son attachement au français, « langue officielle de la diplomatie ».

Il faut dire que notre environnement professionnel ne nous encourage pas forcément à effectuer un réel investissement linguistique. L’offre de cours de langue du département de la formation est de qualité, mais pas toujours compatible avec la charge de travail d’un rédacteur ou les exigences de sa hiérarchie. Je me souviens de mon premier sous-directeur qui, apprenant que je suivais des cours le samedi à l’Institut culturel finlandais, écarquillait grand les yeux en me disant avec l’accent de Louis de Funès : « du finnois ! Comment peut-on apprendre le finnois ! »

Connaître la langue de son pays de résidence procure pourtant de nombreux avantages. Les contacts en sont facilités, les amitiés se nouent plus rapidement, et la compréhension du contexte politique et social en devient plus profonde. Accorderions-nous foi à l’expertise d’un universitaire qui écrirait sur un pays sans en maîtriser la langue ? Il est rare de pouvoir acquérir la maîtrise parfaite d’une langue dans laquelle on n’a pas été initié lors de ses études, mais une compétence de travail est à la portée de ceux qui s’en donnent la peine.

En réalité, les occasions d’apprendre une langue ne manquent pas lorsque l’on est à l’étranger. En plus de la langue du pays, dans laquelle on peut s’initier ou se perfectionner au moyen des cours organisés par l’ambassade, il est possible de bénéficier de l’offre linguistique locale en cours du soir. C’est ainsi que j’ai débuté l’apprentissage du chinois à Washington, que j’ai passé le Test of Proficiency in Korean à Tokyo, et que je compte entretenir mon allemand à Séoul en m’inscrivant à l’Institut Goethe. Tout en restant pleinement concentré sur la partie en cours, j’ai appris à jouer un ou plusieurs coups à l’avance, et à réviser les séquences passées pour mieux les garder en mémoire.

Les études de langues ne sont pas un simple passe-temps mais doivent être considérées comme un véritable investissement professionnel. Les entreprises ou les collectivités locales qui recherchent un diplomate pour s’occuper de leurs relations internationales insistent généralement sur la compétence linguistique associée à un tel profil. Elles nous permettent de tenir notre rang face à nos collègues européens, qui sont nombreux à jongler d’une langue à l’autre et qui acceptent d’autant plus de parler français qu’ils savent que leur interlocuteur peut également s’exprimer dans leur langue ou dans une langue tierce.

Fréquenter les cours de langue donne également lieu à des rencontres nouvelles. En m’inscrivant aux cours de chinois lors de mon détachement au siège de la Banque mondiale à Washington, j’ai pu côtoyer le futur représentant spécial du Treasury Department à Pékin, un haut fonctionnaire du ministère coréen de l’Education avec lequel j’ai repris contact à mon arrivée à Séoul, une jeune Chinoise qui échangeait cours de chinois contre cours de français et que j’ai retrouvée quelques années plus tard mariée à un riche homme d’affaires à Paris. En fréquentant les cours de l’Institut culturel coréen de Tokyo ou les cercles japonophones de Séoul, j’ai appris à mettre en perspective le refroidissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Les soirées arrosées de makgeolli coréen à Tokyo, ou les dégustations de saké japonais à Séoul, ont pour moi grandement contribué au renforcement de l’amitié entre les peuples.

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Commentaires

  • Bonjour,
    J’ai trouvé votre billet très intéressant et souhaiterais maintenant vous poser une question.
    Ancien étudiant de linguistique, professeur d’anglais, personnel de direction de lycée (avec 4 années passées à Mayotte) et maintenant depuis peu ... retraité, j’ai comme vous ce goût prononcé pour l’apprentissage des langues vivantes (L.V.) et les rencontres avec ces êtres humains qu’on nomme "étrangers".
    Vous avez écrit :
    "(...) nos collègues européens, qui sont nombreux à jongler d’une langue à l’autre (...)"
    Comment expliquez-vous, avec votre solide expérience, que nous Français soyons de manière générale moins "performants" quand il s’agit de l’usage des L.V. ?
    Je vous remercie de votre réponse (si tant est que vous ayez le temps de répondre). Vous pourriez la rédiger en français, anglais, allemand, danois, italien mais, de grâce, pas en ... finnois, coréen ou japonais ! ( ;-)

    17 mars 2014, 14:36, par Jacques Girauld

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  • Je suis persuadé que la compétence linguistique est un atout. Il est vrai qu’il est difficile de concilier activités professionnelles (administration et/ou privé) et apprentissage de la langue. Apprendre représente un investissement dont les critères de "retour" ne sont pas encore vraiment reconnus... Peut-être faudrait-il mettre en pendant capacités linguistiques et culturelles et capacités d’influence...

    16 mars 2014, 19:09, par Jean-Philippe Eglinger

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