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Corée : la fin du prisme japonais

Etienne Rolland-Piègue - Séoul, République de Corée - 21 novembre 2014

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Il se passe un phénomène intéressant chez les spécialistes de la Corée en France. On s’intéresse à ce pays pour lui-même, et pas seulement comme voisin du Japon et de la Chine.

Détour par le Japon

Tel ne fut pas toujours le cas. Au-delà du cercle restreint des spécialistes en coréanologie (études coréennes), nombre d’observateurs exerçant d’autres professions – économistes, diplomates, chefs d’entreprise – ont souvent découvert la Corée après être d’abord passés par le Japon. Leur intérêt pour les affaires coréennes était une conséquence secondaire, involontaire, de leur quête d’expertise sur l’Asie orientale. Ils ont d’abord appris à parler et lire le japonais, développé des réseaux de contacts au Japon et séjourné de façon prolongée sur le sol japonais avant de s’intéresser à la Corée. Au ministère français des Affaires étrangères, qui a une filière spécifique pour les diplomates spécialisés en études orientales, la Corée était considérée comme un thème mineur par les candidats optant pour des épreuves linguistiques en langue japonaise ou chinoise au concours d’entrée. A Langues O’, principal centre de formation linguistique pour les spécialistes de l’Asie ou d’autres régions, le coréen étant souvent choisi en option complémentaire à l’étudet d’autres langues asiatiques.

Ce détour par le Japon se justifiait. Apprendre le coréen est beaucoup plus facile lorsqu’on parle et lit déjà le japonais. Il existe d’évidentes similitudes entre les deux langues. En outre, les manuels et matériaux pédagogiques sont bien plus abondants en japonais que dans d’autres langues comme le français ou l’anglais. Des systèmes de traduction automatique comme Google Translate fonctionnent très bien si l’on veut traduire un texte coréen en japonais. Mais n’essayez pas de les utiliser pour traduire une langue asiatique en français ou en anglais, cela ne donnera que du charabia.

Qu’on le veuille ou non, le Japon et la Corée ont une longue histoire en commun. Les deux cultures ont des liens historiques avec la civilisation chinoise, le bouddhisme et le confucianisme ayant tous deux fortement influencé leur vision traditionnelle du monde. Le Japon a souvent hérité de traits culturels venus de Chine en passant par la Corée. Pour les historiens qui étudient la période coloniale coréenne, de 1910 à 1945, un accès aux archives japonaises est indispensable. Quant aux époques antérieures de l’histoire coréenne, de même que pour l’étude de la Corée contemporaine, les publications scientifiques des spécialistes japonais constituent une référence utile, et les universitaires coréens collaborent souvent étroitement avec leurs collègues japonais. Même pour un étudiant français qui se spécialise en études coréennes, une bonne maitrise de la langue japonaise peut avoir son utilité.

Pour les économistes également, l’étude de la Corée à travers le prisme japonais peut apporter de précieux éclairages. La Corée a souvent été confrontée à des défis auxquels le Japon avait eu à faire face une ou deux décennies plus tôt, mais de manière plus accélérée et condensée en raison de la rapidité du développement coréen.

De nos jours, le Japon et la Corée sont si interdépendants sur le plan économique qu’il est bon de les étudier ensemble dans un contexte régional. La montée de la Chine en tant que superpuissance économique crée à la fois des défis et des opportunités pour la Corée comme pour le Japon.

Le pouvoir d’attraction de la Corée

Mais traverser le Japon n’est pas le plus court chemin pour arriver en Corée. Tout d’abord, les Coréens n’aiment pas être systématiquement comparés aux Japonais. De nombreux spécialistes occidentaux connaissant parfaitement le japonais ou le chinois reprochent souvent aux Coréens d’avoir abandonné l’usage des hanja, ces caractères chinois comparables aux kanji utilisés en Japonais ou aux hanzi utilisés en Chine et à Taiwan. « Les choses seraient bien plus simples si les Coréens avaient gardé leur caractères chinois traditionnels » selon certains. Mais les Coréens sont très fiers de leur alphabet national, le hangeul, qui a été conçu par le roi Sejong au XVe siècle et passe parmi les linguistes pour l’un des systèmes d’écriture les plus rationnels et plus faciles à apprendre au monde.

L’économie coréenne a également de nombreuses caractéristiques nationales qui ne sont pas aisément comparables avec celles du Japon et qu’il est plus judicieux d’étudier par rapport à d’autres pays et régions. Bien qu’elle soit membre de l’OCDE et, selon les statistiques de cette organisation, ait un PIB supérieur à 30 000 USD par habitant sur une base de parité de pouvoir d’achat, elle est souvent regroupée avec d’autres marchés émergents comme les BRICS ou les « Onze prochains » identifiés par Goldman Sachs. Par ailleurs, la Corée présente certains traits qui font d’elle un pays plus mondialisé que le Japon. Selon l’Institut de la Banque asiatique de développement, les Coréens sont plus nombreux que les étudiants japonais à partir à l’étranger pour compléter leurs études universitaires. Alors que les méthodes de gestion japonaises passent maintenant quelque peu de mode, les groupes commerciaux coréens ont adopté des techniques de gestion internationales et les professeurs coréens sont plus nombreux que leurs collègues japonais dans les meilleures écoles de commerce d’Europe, des Etats-Unis ou d’Australie. Les dirigeants d’entreprise occidentaux vivant en Corée doivent s’adapter à un rythme plus rapide, où les situations peuvent très rapidement tourner en votre avantage ou à votre détriment.

Les choses évoluent vite. La Corée attire maintenant les gens pour ce qu’elle est, et non pas comme une escale à l’aller ou au retour d’un voyage au Japon ou en Chine. Avec l’engouement mondial suscité par la K-pop ainsi que les séries télévisées coréennes et autres récents phénomènes culturels à sensation de la Vague coréenne, de nouvelles générations d’étudiants commencent à apprendre le coréen à un âge précoce et certains se spécialisent en études coréennes sans apprendre d’autres langues asiatiques. Les jeunes sont de plus en plus nombreux à venir en Corée pour voir de près le style de vie coréen, étudier dans des universités partenaires ou trouver un premier emploi. La Corée projette une image différente de l’Asie, une image qui n’a pas besoin de passer par le prisme japonais.

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Commentaires

  • La Corée du Sud est en pleine effervescence. Quinzième au rang mondial, elle ne cesse de croître. Ce qui impressionne, c’est sa volonté de vouloir faire partie des nations les plus développées ; elle excelle dans tous les domaines, surtout dans l’éducation malgré le côté négatif de pousser ses étudiants à être les meilleurs. Elle s’impose petit à petit comme une société moderne, décomplexée, qui est partie de zéro pour se reconstruire ; c’est une société qui n’a peur de rien, qui croit en elle.
    Je m’inclus dans tous ceux qui portent un regard sur la Corée. De même que le Japon jouit de mon admiration, la Corée et les Coréens attirent tout particulièrement mon attention depuis déjà plusieurs années.

    30 novembre 2014, 14:20, par Pascale Aubin

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