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Être Directrice de l’Institut français de Pointe-Noire

Fabienne Bidou - 10 de julio de 2017

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Je vis et travaille en République du Congo depuis 2 ans. L’Institut français que je dirige est implanté à Pointe-Noire, 2ème capitale d’un pays qui donne parfois l’impression de ne pas aimer la ville qui lui donne pourtant tout son oxygène économique! Au Congo, on se plait à décréter que Pointe-Noire n’aime pas la culture, sentence reprise plus par habitude qu’après un examen honnête de la situation !

Certes les énergies sont atomisées et donc peu visibles, l’Institut français du Congo (IFC) à Pointe-Noire portant la quasi exclusive responsabilité de l’offre culturelle, du livre au spectacle vivant, du cinéma à la formation professionnelle et artistique etc. Soutenu par les entreprises françaises installées de plus ou moins longue date sur la ville, il partage avec elles une sorte de délégation de fait, en matière culturelle, les autorités nationales s’investissant peu dans ce secteur. Et les belles rencontres sont au rendez-vous dès lors que l’on se rend disponible pour qu’elles adviennent. Il faut être curieux, explorer les quartiers, inventer des contextes et des espaces, parfois éphémères, de découvertes.

L’établissement en tant que tel est modeste. J’avoue que ma première impression à mon arrivée, me laissait dans un relatif état de perplexité... Mais l’urgence à agir vite est un antidote puissant à tout embryon d’abattement. Immédiatement, il faut prendre les commandes du bateau, décider, donner un cap à une équipe qui voit les directrices et directeurs passer comme des trains. Avoir auparavant dirigé un théâtre et accumulé des expériences diversifiées, institutionnelles ou associatives, m’a permis de mettre les mains dans le cambouis sans état d’âmes. Finalement, je n’ai pas trouvé de différences fondamentales dans la conduite du projet.

L’environnement politique et culturel se laisse plus difficilement apprivoiser, mais cette immersion est aussi la richesse d’une telle aventure, et le principal motif de mon désir d’expatriation africaine. J’ai vécu presque immédiatement une sorte de baptême du feu, car des soubresauts politiques assez violents sont survenus guère plus d’un mois après mon arrivée. D’une certaine façon, ils m’ont rappelée à la réalité, et m’ont permis d’intégrer, très concrètement, le contexte dans lequel je dois inscrire et ma vie et ma mission professionnelle. Dans un climat peu propice à l’épanouissement culturel, les valeurs qui guident notre action à l’étranger prennent ici tout leur sens.

Les limites et les contraintes sont stimulantes, obligent à inventer d’autres relations aux publics et aux usagers, à adapter le projet aux possibilités offertes et à en susciter de nouvelles.

Cela incite aussi à sortir de nos murs, délocaliser les actions. Et ce faisant aller à la rencontre des populations éloignées de nous, autant pour des questions géographiques que sociales. Dans ce domaine, j’ai mis l’accent sur l’enfance et la jeunesse, dont le poids démographique est prépondérant, et l’avenir hélas incertain. La question du livre et de la lecture s’est naturellement imposée comme prioritaire, notamment dans un contexte où la scolarisation, et la pratique du français pourtant langue officielle, est en recul. J’ai donc lancé pendant les vacances scolaires l’activité bibliobus, en prenant appui sur des initiatives locales, militantes. Les enfants étaient au rendez-vous, au-delà de mes attentes! Quelle vitalité, quel appétit de lecture, d’évasion par l’imaginaire, de jeux! Cela nous a donc amenés à construire un réseau de Points Lecture avec trois partenaires, afin de conforter et pérenniser l’action. Au regard des besoins, cela me semble parfois dérisoire, mais au moins nous avons initié quelque chose, qui ne demande qu’à se développer, et nous nous y attacherons ensemble.

Le relatif enclavement de la ville située en bord d’océan, et la situation de quasi monopole en termes d’offre culturelle, appellent plus qu’ailleurs une exposition de la diversité, notamment de formes contemporaines. Je me suis naturellement appuyée sur des artistes de la diaspora congolaise, tels qu’Emile Biayenda en musique, ou DeLaVallet Bidiefono pour les arts du mouvement. Un compagnonnage de longue durée avec ce dernier a abouti fin 2016 à une création chorégraphique avec les danseurs de Pointe-Noire, qui a pu mixer enjeux de formation et de création. A défaut de plateau suffisamment grand, la création s’est déroulée sous le préau du lycée français. Un montage complexe, haletant, exaltant aussi, et dont le résultat a enflammé le public et les artistes. Travailler sur de nouveaux langages du corps et donner du sens à l’abstraction de la danse, bien au-delà de la simple démonstration virtuose était une expérience inédite pour la scène locale. L’aventure fut portée avec cet élan particulier de "troupe", et c’est l’une des expériences les plus fortes que j’ai vécue à ce jour. Toutes les énergies sont tendues vers un objectif commun, et le sentiment que l’on éprouve à l’arrivée est ma foi indicible!

Susciter des rencontres, des productions partagées, ouvrir et enrichir les imaginaires, montrer de nouveaux chemins d’expression, ce sont finalement les leitmotiv qui m’ont toujours guidée, et qui, ici, trouvent une raison d’être plus urgente qu’ailleurs. Tous les artistes invités et professionnels se sont donnés pleinement (je devrais aussi citer Casey, Moh Kouyaté, Florent Mahoukou, Frédéric Aurier et Noémie Boutin, Hélène Labarrière et Violaine Schwartz, Benoît Delbecq, Gabriel Okoundji et bien d’autres), puis sont repartis chargés de souvenirs, eux-mêmes enrichis des rencontres faites ici. Finalement, rien n’est banal, tout importe car tout est rare!

Le travail que nous menons est prenant, y compris sur le plan émotionnel. Ce qui le rend singulier à mes yeux, et fait oublier les à-côtés plus administratifs qui vont parfois à rebrousse-poil du dynamisme et de la réactivité indispensables au quotidien. Mais la magie africaine fonctionne, tout se réalise toujours! La vie n’est jamais ordinaire, l’ennui est un mot qui disparaît définitivement du vocabulaire!

Je ne prétends pas que tout est facile, ce serait mentir, mais l’expérience vaut la fatigue, voire quelques moments de découragement, car c’est de loin la plus intense que j’aie vécue. Cela permet aussi de comprendre avec beaucoup de nuances et de profondeur, une réalité que, depuis l’hexagone, nous appréhendons exclusivement à travers les interprétations et visions des médias. Les liens entre nos pays et nos peuples sont définitivement mêlés par l’histoire, celle du passé et celle que nous écrivons pour le futur, ne serait-ce que par la mondialisation qui fait de chacun de nous un citoyen du monde. Éprouver directement la complexité de notre devenir commun permet d’échapper à de trop nombreux clichés. Quelle que soit ma vie d’après, je sais que j’aurais appris plus et plus authentiquement que je n’aurais pu le faire "de loin". Aussi, je mesure ma chance, et rien ne m’a jamais fait regretter ma décision.

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