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« Hors les murs » (de l’ambassade) : un one man show au lycée

Erik Colombeau - Vienne, Autriche - 27 mai 2014

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Lors de la réunion hebdomadaire des chefs de service, la proviseure du lycée français de Vienne a lancé cet appel : « Avant de laisser la parole, je voulais vous informer que nous organisons bientôt un « forum des métiers », une journée d’information et d’orientation, à l’attention des classes de premières. Si certain(e)s d’entre vous étaient volontaires pour venir présenter vos métiers à nos élèves, je vous en serais très reconnaissante ».
Avant la fin de la réunion je faisais déjà partie de ces volontaires.

« We want you ! »

Le Ministère des Affaires étrangères fait souvent appel aux compétences et à l’expérience de ses agents, que ce soit pour donner des cours, pour accueillir un collègue en immersion dans un service avant son tout premier départ en poste, pour faire partie d’un jury de concours (corriger les copies et faire passer des oraux), ou bien encore pour exercer le tutorat d’un lauréat d’un concours du ministère. Une sorte d’entraide plus ou moins indirecte entre collègues, une forme de transmission des savoirs à laquelle j’adhère et je participe à chaque fois que je le peux.

L’appel à volontaires du lycée français de Vienne n’était donc pas pour me déplaire. L’idée de sortir un peu de mon quotidien et d’aller à la rencontre d’interlocuteurs inhabituels m’enchantait beaucoup. Celle, un peu plus évanescente, de me dire que je pourrais peut-être susciter quelques vocations, ou du moins être vecteur d’informations concrètes sur ce que cela voulait dire réellement de travailler dans une ambassade, me motivait peut-être plus encore. Et juste le fait de pouvoir expliquer que non, non, non, on ne servait décidément pas des Ferrero en pyramide sur un plateau argenté dans les réceptions de l’ambassadeur achevait de me convaincre de la justesse de ma démarche. Ma petite participation à la déconstruction d’une falsification de l’Histoire...

One man show

C’est ainsi que je me suis retrouvé un beau matin face à plusieurs classes de lycéens venus écouter trois intervenants classés dans le groupe de métiers « économie et management » : un chef d’entreprise, une directrice-adjointe d’un service de communication et moi, donc, un secrétaire général d’ambassade (cette dénomination étant, pour un public extérieur au MAE, plus évocatrice - et plus glamour j’avoue - que celle de « chef de service commun de gestion » qui reste abscon, même en interne).

Captiver un public, a fortiori des lycéens, est une vraie gageure et en m’emparant du micro, debout devant plusieurs dizaines d’adolescents pour un one man show de 40 minutes, je rendais intérieurement hommage aux professeurs (et à Florence Foresti) qui doivent accomplir ce miracle au quotidien. Cela dit les élèves étaient réceptifs et intéressés, même si je dus user de petits stratagèmes rhétorico-humoristiques pour ramener tranquillement dans le giron quelques esprits connectés sur un smartphone ou trop occupés à trouver une bonne vanne à lancer à leurs voisins de derrière.

Oui, j’ai été agréablement surpris de l’écoute de ces élèves quand j’ai exposé mon métier en particulier, et les métiers du ministère des Affaires étrangères en général. J’eus même plusieurs questions en fin d’intervention, l’échange fut nourri.

Elles étaient intéressantes d’ailleurs ces questions. Elles donnaient quelques indications sur des préoccupations actuelles d’adolescent(e)s : « Vous avez dit que vous vous occupiez notamment des questions immobilières. Pourquoi vendez-vous le bâtiment de l’Institut Français ? » m’a demandé une élève manifestement très au fait de l’actualité locale. « Êtes-vous obligé de changer de pays tous les 3 ou 4 ans ? » me demanda un autre, mi anxieux, mi admiratif. « Combien gagnez-vous ? » s’enquit un élève de manière directe. Je leur répondis à tous très franchement, convaincu depuis longtemps que la franchise est bien une chose que le monde adulte doit à la jeunesse.

L’infinité des possibles

Alors là, avec mon micro en main, comme une réminiscence de ma précédente vie tokyoïte et de nuits passées au karaoké, j’eus l’envie furtive de leur chanter « Honesty, is such a lonely word » (c’est imparable). Mais Billie Joel, pour des ados d’aujourd’hui, c’est un peu de la préhistoire alors je me ravisais leur disant que j’avais des brochures à leur disposition (qui partirent presque toutes) et en les renvoyant bien entendu sur le site web du ministère (surtout les deux connectés sur leur smartphone, là-bas au fond !).

En quittant le lycée français, dans le tram qui me ramenait vers l’ambassade, je repensais au champ des possibles encore presque infini de ces élèves. Avec le temps, le mien s’était nécessairement réduit, mais finalement, la vie professionnelle dans ce ministère en offrait encore pas mal, de possibles (dont celui d’aller parler avec des lycéens).

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