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Instantanés diplomatiques : souvenirs de Somalie (1re partie)

Emmanuel Besnier - Mogadiscio, Somalie - 21 mai 2014

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Une mission de routine en Somalie.

4h30 : réveil.

6h30 : décollage de Nairobi.

9h30 : arrivée à Mogadiscio à bord d’un petit bimoteur de l’Union européenne.

Bienvenue à l’aéroport de Mogadiscio. Soleil de plomb. Une brise de mer providentielle atténue la chaleur moite. En face du terminal, l’Océan indien. Sur le tarmac attendent quelques avions civils, des hélicoptères ukrainiens affrétés par l’ONU, un gros porteur militaire. Le long de la piste d’atterrissage sont disséminées les implantations des Nations Unies et de la force de l’Union africaine déployée en Somalie (AMISOM).

Ruinas de la antigua embajada de Francia en Mogadiscio

Depuis 1991 et la fermeture de notre ambassade à Mogadiscio, l’ambassade de France à Nairobi a été choisie pour suivre le dossier somalien.

C’est ma 32e mission dans le pays, assez pour se faire quelques souvenirs.

Au programme aujourd’hui : une série de réunions avec les représentants des Nations Unies et un rendez-vous avec Fatiha Serour, représentante spéciale adjointe pour la Somalie du secrétaire général Ban Ki Moon. Il y sera question des dernières évolutions politiques et sécuritaires dans ce pays en conflit depuis plus de vingt ans, et dont une partie du territoire est toujours sous contrôle de la milice Al Shabaab, liée à Al Qaida.

Des réunions de routine pour un diplomate, comme il s’en tient tous les jours partout dans le monde. Sauf qu’ici, les discussions se déroulent derrière une double enceinte de "bastion walls" et de barbelés, et sous la protection de gardes armés.

Avril 2011 – Mogadiscio encore divisée

Avec un collègue de l’Union européenne (UE), j’embarque dans un convoi blindé de l’AMISOM. Casque sur la tête et gilet pare-balles ajusté, je me dis que je fais vraiment un métier formidable. Il y a encore un an, j’étais en poste à Tokyo...

A travers les rues de Mogadiscio, dans un blindé de l’AMISOM

Nous nous rendons dans le camp où sont regroupés les soldats somaliens récemment formés en Ouganda par l’UE, et en particulier la France, dans le cadre de l’opération EUTM-Somalie. La construction d’une véritable armée nationale est une des conditions de la stabilité et du retour de l’Etat de droit dans le pays et l’UE joue un rôle déterminant dans ce domaine. Nous marchons ensuite à travers les dunes jusqu’à un fortin du contingent burundais de l’AMISOM, à la limite de la ville. On ne peut aller plus loin. Al Shabaab, qui contrôle à l’époque la moitié de Mogadiscio, est peut-être à moins d’un kilomètre.

Un an plus tard, avec un collègue venu de New York, nous parcourrons avec l’AMISOM le centre-ville de Mogadiscio réunifiée, débarrassée dans une large mesure d’Al Shabaab, au prix de lourds sacrifices pour la force de l’Union africaine et les troupes gouvernementales. L’AMISOM, c’est une des opérations de maintien de la paix les plus difficiles au monde, à la fois fer de lance de la lutte contre Al Shabaab dans tout le centre et le sud du pays, et un acteur essentiel de la stabilisation de la Somalie. La France est un de ses principaux partenaires.

Septembre 2011 – Puntland, territoire fragile

Notre avion glisse au-dessus des montagnes noires d’Al Madow et amorce sa descente vers Bosaso, au bord du golfe d’Aden, dans la région autonome du Puntland, au Nord de la Somalie. Le ministre des finances nous accueille dans son bureau, qui domine les eaux turquoise du port où quelques boutres attendent leurs chargements. Si le ministre est installé ici, et pas dans la capitale régionale, Garowe, c’est pour mieux surveiller le trafic portuaire, principale source de revenus pour le gouvernement du Puntland. A vrai dire, le port est à peine plus grand qu’un port de pêche breton, et le budget annuel du Puntland n’est que de 30 millions de dollars. Territoire relativement stable, il n’en est pas moins affecté par la criminalité.

Bosaso, a orillas del golfo de Adén, región autónoma de Puntlandia, al norte de Somalia.

La piraterie bien-sûr, mais aussi les trafics, trafics d’êtres humains en particulier. Bosaso et ses environs sont une plaque tournante pour les filières d’immigration vers la péninsule arabique et au-delà. La représentante du Haut Commissariat aux Réfugiés nous conduit dans un camp de déplacés internes : comme toujours en Somalie, femmes et enfants y sont ultra-majoritaires. Les conflits ou la sécheresse les ont chassés de chez eux, et certains attendent un passage vers le Yémen. De très jeunes filles patientent avec leurs bébés devant un dispensaire. Quel âge ont-elles ? A 16 ans, rares sont les filles qui ne sont pas déjà mères, me dit-on.

Bosaso, la punta del cuerno de África

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