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Instantanés diplomatiques : souvenirs de Somalie (2nde partie)

Emmanuel Besnier - Mogadiscio, Somalie - 6 juin 2014

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Septembre 2012 – Mogadiscio : élection d’un nouveau président

Des rafales d’armes automatiques dans la nuit de Mogadiscio. Ce sont des tirs de joie. Le 10 septembre, au terme d’un processus politique qui aura duré huit ans, le nouveau Parlement, conformément à la nouvelle Constitution, a élu un président, Hassan Sheikh Mohamud. Un inconnu pour la plupart des observateurs réunis ce soir-là dans les locaux des Nations Unies.

Le 11 septembre, j’accompagne le représentant spécial de l’UE et quelques diplomates étrangers (Royaume-Uni, Union africaine) lors d’une première rencontre avec le nouveau président dans son hôtel qui surplombe la ville, et qui sera hélas attaqué dès le lendemain par Al Shabaab.

L’atmosphère est résolument optimiste. Aujourd’hui, la Somalie se tourne enfin vers l’avenir. Plus tard ce même jour, nous nous rendons à la Villa Somalia, le siège du gouvernement. Une porte s’ouvre sur une grande pièce à peine éclairée. Le président sortant, Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, et l’ancien président du Parlement, Sharif Hassan Sheikh Aden, sont calés au fond d’immenses fauteuils sortis de quelque conte oriental. Les rivaux d’hier sont réconciliés dans leur défaite. Il n’y aura pas de violences nous dit Sheikh Sharif. Les Somaliens, quel que soit leur clan, sont fatigués de la guerre.

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Mogadiscio depuis Villa Somalia | Photo : E.Besnier

Mai 2013 – Somaliland : visite d’un Etat non reconnu

Nous sommes à Hargeisa, grande ville du nord de la Somalie, et « capitale » d’un « Etat » non reconnu, le Somaliland, qui a choisi en 1991 de se séparer du reste du pays pour se reconstruire seul, avec un certain succès : la région est relativement stable, et des élections pluralistes y ont été tenues.

Avec l’ambassadeur Etienne de Poncins, nous avons ce matin rencontré le président Silanyo et ses ministres, pour parler de sécurité, des relations avec le gouvernement de Mogadiscio, mais aussi d’investissements et de développement économique.

Le soir venu, depuis le toit de l’hôpital d’Edna Adan, la vue sur la ville et ses collines est superbe. Edna Adan, 76 ans, de l’énergie à revendre. Ancienne première dame, ancienne ministre des Affaires étrangères, parfaite francophone, chevalier de la Légion d’Honneur, elle a créé un des meilleurs hôpitaux du Somaliland, avec l’appui de plusieurs partenaires, dont la France. Mme Adan nous fait visiter l’établissement, son centre universitaire, ses blocs opératoires, nous parle avec passion de son combat contre les mutilations génitales, et nous montre les statistiques de l’hôpital : 12 000 accouchements en dix ans, 13 000 patients traités.

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Hargeisa, Somaliland | Photo : E. Besnier

Janvier 2014 – Mogadiscio, tournée vers l’avenir

Les ruines de la vieille ville de Mogadiscio défilent derrière les vitres de la voiture blindée. Le vieux phare, les restes de la cathédrale italienne, la façade en partie détruite et criblée d’éclats de balles de l’hôtel Uruba, jadis le plus grand hôtel de la ville où se mêlaient expatriés, bonne société somalienne et touristes étrangers. A quelques centaines de mètres de là, le bâtiment de l’ancienne ambassade de France attend depuis 23 ans des jours meilleurs. Evacué en janvier 1991 dans des conditions dramatiques, au plus fort des combats, il est depuis longtemps occupé par plusieurs centaines de déplacés internes qui y ont trouvé un abri.

Nous ne sommes pas aujourd’hui à Mogadiscio pour évoquer le passé, mais plutôt l’avenir d’un pays qui tente de se reconstruire et de tourner la page. Au président Hassan Sheikh à qui il remet ses lettres de créances, l’ambassadeur Rémi Maréchaux rappelle les raisons de notre engagement en Somalie : la stabilisation de la Somalie est de notre intérêt.

Sans stabilisation, sans réconciliation nationale, sans reconstruction de l’Etat de droit, la Somalie continuera à souffrir du terrorisme d’Al Shabaab, des chefs de guerre et des gangs de pirates, qui constituent pour la communauté internationale autant de menaces pour la paix, dans la région et au-delà. La tâche est immense, mais il est permis d’espérer.

Sur le chemin du retour, je constate une fois de plus combien Mogadiscio s’est transformée. De nouveaux immeubles se construisent chaque jour, des commerces ouvrent dans toute la ville, malgré les attentats. Le trafic est intense. Notre convoi est bloqué dans un embouteillage sur la grande avenue Maka al Mukarama, qui il y a encore trois ans était un no man’s land que se disputaient les milices. Les embouteillages, signe de progrès en Somalie...

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