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Invitation à la « fête démocratique » en Bolivie, récit d’une observation électorale

Grenadine Révérand - La Paz, Bolivie - 4 نيسان (أبريل) 2016

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Ma première impression est physique : l’aéroport étant situé à plus de 4000 mètres d’altitude, il est difficile de respirer et de parler longuement.

Entrée d’un bureau de vote dans le quartier de La Florida

Puis, j’entreprends de chercher la délégation de l’Organisation des Etats américains (OEA) : un petit groupe de chauffeurs boliviens, de fonctionnaires et d’observateurs internationaux sont massés sous un panneau aux couleurs de l’OEA. Les salutations sont informelles et chaleureuses, et laissent présager une belle ambiance de travail.

Dès notre arrivée, nous sommes plongés dans l’ambiance pré-électorale. Nous sommes au dernier jour de la campagne : la ville est paralysée par les manifestations, pas un mur qui ne porte d’inscriptions « SI » ou « NO », et des haut-parleurs crachent des discours et chansons populaires pour et contre Evo. Evo Morales, président de l’Etat plurinational bolivien depuis 2006, a convoqué un référendum constitutionnel au sujet du mandat du Président.

Le peuple bolivien devra répondre en substance à la question suivante : « Souhaitez-vous que le Président et le Vice-Président puissent se présenter à nouveau aux élections de 2019? »

Les enquêtes d’opinion prévoient des résultats très serrés : le ‘oui’ et le ‘non’ sont au coude-à-coude, et beaucoup d’électeurs n’auraient pas encore choisi leur camp. Les partis et les syndicats battent le pavé ; ils cherchent à convaincre les indécis, car ils savent que, dès le lendemain, la période de silence préalable au référendum interdira tout débat. La tension est palpable dans le centre-ville et les manifestants s’emparent de feux de Bengale et de pétards. Alors que je cherche un endroit où déjeuner avec mes nouveaux collègues, des rumeurs de violence dans la ville voisine d’El Alto nous parviennent. Nous achetons finalement quelques empanadas salteñas (délicieux chaussons de viande et de pommes de terre), puis rentrons suivre les évènements depuis l’hôtel.

Nous apprenons finalement que l’incendie volontaire d’un bâtiment de la mairie d’El Alto, commune limitrophe de La Paz dirigée par une figure de l’opposition, a fait six victimes parmi les agents de la mairie. La dernière journée de campagne se termine sur cette note d’une violence extrême, qui provoque une onde de choc dans le pays.

Malgré l’interdiction de faire campagne, les réseaux sociaux bruissent de messages politiques.

Préparation à l’observation

L’OEA réunit tous les observateurs électoraux, 64 au total, pour nous présenter le contexte dans lequel intervient le référendum que nous devrons observer. Très peu étaient présents la veille et ont pu vivre en direct la tension politique. La plupart des observateurs, originaires de pays latino-américains pour la grande majorité d’entre eux, ont une solide expérience de l’observation de processus électoraux. Nous nous concentrons sur la méthodologie et les points d’attention, en lien avec le tribunal suprême électoral, organe bolivien chargé d’organiser les élections.

Montée vers le colegio franco-boliviano

Puis, chacun d’entre nous se voit confier un gilet beige de type « baroudeur » bardé d’écussons de l’OEA, un téléphone portable et le nom de la circonscription dans laquelle il est affecté. Alors que je rêvais d’Amazonie et de communautés indigènes, j’apprends que je resterai à La Paz, dans les quartiers chics du sud de la capitale…

Difficile de cacher ma déception, mais je découvre dès le lendemain que mon affectation présente certains intérêts : les centres de vote concentrent des nombres très importants d’électeurs (jusqu’à 16 000) ; la circonscription est composée de quartiers résidentiels et de quartiers plus reculés, dans des zones rurales à la périphérie de la ville ; une prison pour femmes est située au cœur de la circonscription et, les prisonniers étant autorisés à voter, un bureau de vote allait être dressé dans la cour de la prison. J’effectue un repérage avec un chauffeur paceño, qui connaît les routes, les pistes et les chemins de traverse sur le bout des doigts. Nous visitons les écoles, les places et les stades sur lesquels seront dressés les bureaux de vote pour cerner le milieu social des électeurs, et anticiper les éventuels problèmes d’organisation le jour du référendum. Je trace finalement un itinéraire cohérent dans une géographie difficile d’accès, avec beaucoup de cols et de lacets de montagnes, et qui me permette d’observer le panel le plus représentatif possible, à savoir des zones urbaines et rurales, et différentes classes sociales.

La journée électorale

Le jour J est arrivé : les bureaux de vote sont ouverts de 8h à 16h. Réveillée aux aurores, je me dirige vers le centre de vote qui m’a été assigné pour l’ouverture, afin d’observer la préparation et l’installation du matériel. La veille, rien n’était prêt et aucun centre n’avait reçu les urnes, les bulletins, les tampons ou l’encre. Je m’inquiète que les horaires prévus ne puissent être respectés… J’arrive très tôt au centre de vote car la circulation est interdite les jours d’élections, afin d’éviter que les partis politiques n’emmènent voter en bus les plus démunis. Les seuls véhicules que je croise sont des 4X4 du tribunal suprême électoral, d’organisations internationales et de diplomates. De nombreuses familles, parfois constituées de personnes très âgées, marchent à flanc de montagnes pour aller voter. Le vote est obligatoire en Bolivie, et les sanctions appliquées à ceux qui ne votent pas sont très lourdes… Mais la seule peur des sanctions n’explique pas l’afflux massif de citoyens vers les urnes, il s’explique surtout par l’ambiance festive des processus électoraux. En effet, à peine entrée dans le centre, je découvre qu’il a été transformé en gigantesque kermesse : un château gonflable pour les enfants a été monté, des stands de nourriture installés, et un haut-parleur diffuse de la cumbia en boucle. De nombreuses familles sont déjà présentes ; elles ne semblent pas vraiment attendre l’ouverture des bureaux de vote, mais plutôt profiter de l’ambiance festive. Je comprends mieux le concept de « fête démocratique » dont tous les Boliviens parlent avec entrain.

Mais les bureaux tardent à être installés, les files d’attente se forment ; enfin, chaque président de bureau annonce d’une voix tonitruante l’ouverture de son bureau, tout en terminant de marquer de son empreinte les derniers bulletins de vote. L’organisation est relativement fluide et je ne constate aucune irrégularité. Je prends donc le chemin des autres bureaux de vote, et me rends notamment au lycée français. Je découvre qu’il est lui aussi transformé en fête foraine, et, alors que l’acte même de voter dure en moyenne 3 minutes, tous passent des heures dans le bureau de vote, où ils déjeunent, dansent, jouent et retrouvent des amis. Je retrouve cette même ambiance dans tous les centres, y compris dans la prison où les femmes dansent entre elles et présentent leur artisanat, tandis que d’autres cuisinent. Cette prison mène une expérimentation dans laquelle les femmes ne sont pas séparées de leurs enfants et vivent en communauté plutôt qu’en cellules. Le modèle est très intéressant et fait presque oublier qu’on est en milieu carcéral, confiné. Les détenues parlent politique entre elles et semblent conscientes des enjeux du référendum.

Dépouillement des bulletins de vote à Alto Irpavi

La journée électorale se clôt alors que la fête bat toujours son plein. Les électeurs reviennent assister au dépouillement des bulletins, dans une ambiance lourde de tensions et de peur de possibles fraudes. Les résultats sont annoncés pour chaque bureau de vote : NO – NO – SI – NO… Les électeurs courent d’un bureau à l’autre, prennent des photos, filment : ils souhaitent s’assurer que les résultats définitifs reflèteront leur vote. Puis, chaque centre porte les résultats au siège du tribunal départemental électoral, où je retrouve tous les observateurs internationaux et les journalistes. Les résultats tardent à être annoncés, mais la nuit est agitée à La Paz : les partisans du NO célèbrent leur victoire…

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