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J’ai aidé des Guinéens à sauver d’autres Guinéens

Florent Hivert - Conakry, République de Guinée - 13 octobre 2015

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En arrivant en République de Guinée, en août 2012, en tant que coopérant militaire, je pensais intervenir dans le cadre de missions classiques portées par la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) du Quai d’Orsay. Le choc de l’épidémie Ébola m’a imposé de changer d’optique.

Une protection civile déconcentrée pour la Guinée…

L’absence de services dédiés à la lutte contre les incendies, au secours des populations en dehors de Conakry s’est vite imposée à moi. Au profit d’agents guinéens de la protection civile attentifs et mobilisés, surpris et flattés qu’on s’intéresse à eux, j’ai mis en œuvre, à la demande de la Coopération, la création de deux Unités de Protection civile (UPC) d’une centaine d’hommes chacune, destinées à être déployées dans les quatre capitales régionales du pays. Leur mission : renforcer l’échelon territorial local pour prévenir ou réagir à des évènements météorologiques, ou toute situation nécessitant une réponse de l’Etat pour assurer la protection des biens et des personnes. Nous avions envisagé une catastrophe naturelle ou technologique, l’avenir allait nous dédire.

L’originalité du projet a reposé sur le recrutement ; si l’encadrement est issu du corps des sapeurs-pompiers guinéens, la troupe, elle, est composée de militaires dits « non-immatriculés » qui se morfondaient dans les garnisons de l’intérieur du pays. Ils n’avaient jamais été ni formés ni intégrés à la fonction publique. Pour les autorités guinéennes, le recrutement de ces jeunes à des tâches utiles fût une aubaine.

L’engagement de l’UE dans le financement de ce projet de rénovation de la protection civile guinéenne avec l’appui logistique de Expertise France a permis de concrétiser, en 2014,la plus importante action de formation dans le domaine de la protection civile jamais réalisée en Afrique subsaharienne.

… aux prises avec le virus Ebola

Début 2014, le caractère virulent de l’épidémie Ebola devint la préoccupation majeure des autorités guinéennes. La protection civile alors en pleine restructuration était absente des zones les plus touchées ; pire encore, de nombreuses missions de coopération étaient compromises ou annulées, y compris le programme de rénovation de la protection civile que je pilotais.

C’était sans compter sur l’engagement des autorités françaises à Conakry et à Paris. Elles décidèrent de poursuivre et renforcer les missions de protection civile pour répondre à l’urgence sanitaire à un moment où l’aide internationale arrivait en ordre dispersé. Les autorités guinéennes s’en montrèrent reconnaissantes. Je décidais alors de créer, au sein du programme d’instruction des UPC, un module Ebola, destiné à former 200 hommes aux tâches de transport de personnes susceptibles d’être contaminées, au métier d’hygiéniste et à la médiation avec la population réticente à accepter la réalité de la maladie.

Conscients de l’engagement opérationnel immédiat, nos formateurs venus de France, se sont mobilisés dans des conditions rendues difficiles par les contraintes liées à l’épidémie. Les risques sanitaires encourus autant par les formateurs que par les stagiaires ont nécessité des mesures de précaution sanitaire drastiques.

En décembre 2014, à l’issue d’un exercice de synthèse réalisé par les UPC en présence du ministre guinéen de la sécurité et de la protection civile, de l’ambassadeur de France et du délégué de l’Union européenne, les 200 hommes furent remis à la disposition des autorités guinéennes.

Enfin, en mars 2015, le ministère de la Sécurité et de la Protection civile décida d’engager les UPC en appui des équipes de la Croix Rouge. Elles ont joué un rôle majeur au moment où les autorités agissaient pour éradiquer l’épidémie. Leur rigueur et leur disponibilité en font un exemple cité par la « Coordination Ébola ».

Organiser, convaincre, mettre en œuvre pour permettre aux UPC d’exister et d’être opérationnelles fût une formidable satisfaction professionnelle. Avoir le sentiment d’avoir apporté ma contribution à la résolution de la crise sanitaire en est une autre. Au-delà, ma fierté, c’est d’avoir donné la possibilité à des Guinéens de sauver d’autres Guinéens. C’est, à mes yeux, l’objectif ultime de la coopération structurelle menée par le MAEDI.

Guinée Conakry : la Protection Civile prépare l’après Ebola avec l’aide de la coopération française

Du 06 au 13 septembre 2015, un détachement de 5 formateurs de l’UIISC 1 a formé à Kafiliya (140 km de Conakry) 100 agents des Unités de protection civile (UPC) guinéens à la prise en charge et au transport de personnes souffrant de maladie contagieuse.

Cette mission s’inscrivait dans le cadre du projet PREPARE, appuyé par la France et l’Union européenne, qui consiste à installer dans chacune des huit régions administratives de Guinée (y compris Conakry), une équipe régionale d’alerte et de riposte aux épidémies (ERARE). Il s’agit de mettre en place une détection précoce du développement de maladies à caractère infectieux avant qu’elles n’atteignent un seuil épidémique. En appui de ce projet, la Direction Générale de la Protection Civile de Guinée a donc décidé, avec l’aide de la France [Direction la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC/MININT) et la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD/MAEDI), de mettre en place 8 équipes de 10 hommes disposant chacune d’un véhicule afin de pouvoir aller chercher rapidement sur n’importe quel point du territoire toute personne manifestant les symptôme d’une maladie contagieuse et de les acheminer vers une structure de santé.

Il s’agit donc bien d’un projet associant l’opérationnel et le structurel dans un cadre interministériel.

Seize conducteurs avaient déjà été formés début septembre par des spécialistes de la BSPP à l’utilisation des camions Unimog qui serviront au transport des malades. Ils avaient rejoint le reste des agents des UPC qui viennent d’être formés à la prise en charge d’un patient contagieux par les spécialistes de l’UIISC 1.

Cette mission s’inscrit très clairement dans une vision « post-Ébola » (bien que l’épidémie soit toujours présente en Guinée Conakry) des autorités guinéennes afin que le pays puisse disposer des moyens de réagir rapidement en cas de développement d’une épidémie quelle qu’elle soit, ce qui avait fait défaut à la Guinée au début de l’épidémie Ébola en 2014. Elle est financée par la Task Force Ébola du Ministère des affaires étrangères et du développement international et mise en œuvre financièrement par Expertise France.

L’UIISC 1 est particulièrement impliquée dans ce projet car c’est déjà elle qui avait formé les 200 hommes des UPC en octobre-décembre 2014.

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