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Je peignais déjà avant d’être diplomate

Nathalie Beras - 21 octobre 2015

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Quand j’ai pris mes fonctions à Sotheby’s en 2010 au Département d’Art russe, j’ai découvert un monde qui marie la passion pour l’art avec des records de prix pour des tableaux des artistes les plus recherchés grâce à la magie des enchères. J’ai été tout de suite émerveillée par la proximité qu’entretiennent les experts avec les chefs-d’œuvre, puisqu’il faut toucher une toile ou un châssis, scruter une œuvre sur papier à la loupe pour juger de son authenticité. J’étais habituée, comme tout un chacun, à regarder les tableaux dans les musées à une distance de sécurité et dans un rapport de sacralité, et la première fois que mon collègue du Département des tableaux anciens m’a mis sans ambages un Fra Angelico entre les mains, j’ai compris que je venais de changer d’univers.

Un autre choc m’attendait auquel mon parcours de fonctionnaire ne m’avait pas préparée : celui des ventes aux enchères survoltées où des tableaux s’envolent à plusieurs millions en quelques minutes au téléphone et où les plus grands musées du monde disputent à des clients privés l’achat des plus belles pièces. Rien ne me prédisposait à cette plongée dans la vie d’une multinationale américaine qui dispose de salles de vente et de bureaux dans le monde entier, dont la stratégie de marketing est globale et qui vend les œuvres confiées là où se trouvent les acheteurs sur n’importe quel continent. Pourtant, c’est la maîtrise du russe et la connaissance de la zone qui ont convaincu Sotheby’s de me recruter et qui ont constitué cette chance unique de faire une mobilité originale. Il est vrai que j’avais suivi et obtenu l’année précédente un Master 2 sur le marché de l’art pour me familiariser avec ces métiers, mais c’est aussi mon parcours de diplomate et mes compétences en matière de négociation qui ont séduit le groupe. Je n’en menais pourtant pas large quand dès la première semaine, le premier client est venu demander si l’expert en art russe, c’est à dire moi, pouvait authentifier en sa présence un tableau de Marie Vassiliev et lui donner une estimation… j’ai connu un moment de solitude et j’ai pleinement mesuré le chemin qu’il me fallait parcourir pour devenir un expert reconnu !

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Quand un tableau comme Le portrait du Docteur Paul par Modigliani se vend chez Sotheby’s 13 millions d’euros en 2014 à Paris, qu’est ce que cela signifie ? Cela veut dire que notre attractivité se joue aussi sur le marché de l’art. Au ministère des Affaires étrangères et du Développement international, nous mettons à l’honneur le tourisme, la gastronomie, les entreprises innovantes ou la recherche de pointe. Mais notre influence se joue aussi sur notre capacité à attirer les grands collectionneurs-prescripteurs vers la place de vente parisienne. Le marché français est dynamique car il s’appuie sur un patrimoine historique en œuvres d’art très important, mais il est de plus en plus tributaire des clients internationaux. Nous avons avec Drouot une marque ombrelle historique qui réunit 70 commissaires priseurs indépendants avec des grands noms comme Tajan. Pourtant nous manquons d’un géant national, dont la taille permettrait d’organiser en France de grandes ventes internationales même si Artcurial progresse régulièrement derrière le duopole Sotheby’s Christie’s. Nos acteurs français, que ce soient des maisons de vente, des galeries et même des musées doivent s’adapter aux changements intervenus sur le marché de l’art depuis 10 ans : les acheteurs viennent des Etats-Unis et d’Europe, mais aussi et de plus en plus d’Asie, du Moyen-Orient et de Russie. Il s’est créé plus de musées entre 2000 et 2015 que durant les XIXe et XXe siècle et à l’heure où l’on parle d’industrie ou de tourisme muséal, nous avons un rôle évident à jouer.

D’où m’est venue cette volonté de faire une expérience professionnelle si atypique ? Ma passion pour l’art est ancienne mais elle s’est développée au fil du temps pour s’imposer comme une évidence. Je peignais déjà avant d’être diplomate, mais mon immersion prolongée chez Sotheby’s dans un univers d’artistes, de collectionneurs et d’experts en art, m’a donné envie d’affirmer mon engagement artistique. A force d’expertiser les tableaux des autres, j’ai voulu revendiquer cette identité d’artiste peintre. J’ai commencé comme souvent par du figuratif, mais, depuis 2002, mon style a évolué vers l’abstraction.

Pour la première fois à Paris, à la Galerie de Buci, du 22 octobre au 5 novembre prochain, j’exposerai 20 toiles qui illustrent les influences multiples de mon travail : celles de Gerhard Richter mais aussi celles de mon parcours de diplomate à travers le monde. La toile carrée s’impose comme le réceptacle de visions empiriques qui émaillent ma culture issue de Russie et d’Asie centrale : les vitraux miroitant de jaune d’or, la riche palette des ikats d’Ouzbekistan ou les couleurs de la faïence des mosquées du Turkestan. Je serai heureuse de vous faire partager ce voyage dans la création contemporaine et les couleurs de pays lointains lors du vernissage qui se déroulera le jeudi 22 octobre de 18h à 21h.

Informations pratiques :
Galerie de Buci, 73 rue de Seine, 75006 Paris
22 octobre - 5 novembre 2015
Du lundi au samedi 11h - 21h
Dimanche 14h - 21h

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