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Journée du patrimoine à Phnom Penh

Jean-Claude Poimboeuf - Cambodge - 13 octobre 2015

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Cela a-t-il un sens, lorsqu’on n’est ni le Farnèse à Rome ni le Palais Santos à Lisbonne, de participer aux journées du patrimoine ?

Avec mon équipe, j’ai considéré que tout militait pour que l’ambassade à Phnom Penh ouvre ses portes au public, pour la première fois, le 19 septembre 2015 : tout d’abord les nombreuses demandes de visite qui nous sont adressées tout au long de l’année par des résidents ou des personnes de passage connaissant l’histoire riche et mouvementée de l’ambassade mais que nous ne pouvons satisfaire pour des raisons d’organisation et de sécurité ; ensuite, le thème retenu pour l’édition 2015, « Patrimoine du XXIe siècle, une histoire d’avenir » entrait parfaitement en résonance avec l’architecture contemporaine de l’ambassade ; enfin, la conférence Paris Climat 2015 fournissait l’occasion de mettre en valeur notre magnifique parc arboré, l’un des plus grands espaces verts de la ville, et de présenter au public notre démarche « d’ambassade verte ».

Les agents – à commencer par l’ambassadeur - se sont donc transformés en guides pour accueillir nos visiteurs répartis par petits groupes d’une quinzaine de personnes, constitués sur une base linguistique : khmer, français et anglais. Nous avions choisi d’exposer deux photos dans l’atrium de la chancellerie pour introduire la visite : l’une montrant la foule se pressant devant le portail de l’ambassade le 17 avril 1975, jour de la prise du pouvoir des Khmers Rouges ; l’autre, vue aérienne prise au début des années 90, montrant le campus de 4,5 hectares privé de la plupart des arbres et le bâtiment de la chancellerie sans toit.

La majorité des visiteurs - et des journalistes présents - voulaient avant tout voir l’ancien portail de l’ambassade (en réalité, l’un des deux vantaux), installé dans le parc à l’ombre d’un grand fromager et rendu célèbre par l’ouvrage de François Bizot, ethnologue de l’Ecole Française d’Extrême-Orient qui a longuement évoqué dans Le Portail (éditions de la Table Ronde, 2000) l’épisode d’avril-mai 1975 lorsque l’ambassade, dernière mission diplomatique encore ouverte, a accueilli un millier de personnes y cherchant refuge. C’est d’ailleurs François Bizot qui a rédigé le texte, fort et émouvant, gravé sur une plaque au pied du portail : « Du 17 avril au 26 mai 1975, cette grille du portail qui clôturait l’Ambassade de France au Cambodge s’est ouverte puis refermée sur une douleur indicible et sur la mort de millions de Khmers ». Ce moment dramatique de l’histoire de l’ambassade, illustré aussi au cinéma (La déchirure de Roland Joffé, Le temps des aveux de Régis Wargnier) fait partie de l’histoire du Cambodge et contribue à donner sa valeur patrimoniale au site que nous occupons depuis la fin des années 50, après l’indépendance du Royaume.

Reconstruite après les Accords de Paris sur le Cambodge du 23 octobre 1991, l’ambassade est aujourd’hui un bel ensemble contemporain en pleine harmonie avec son exceptionnel écrin naturel. Son parc est en effet un atout unique à Phnom Penh et constitue un réservoir de biodiversité où s’épanouissent singes, écureuils, batraciens et toutes sortes d’oiseaux. Des biches, introduites il y a quelques années, y avaient aussi proliféré (33 biches décomptées en 2014 !) jusqu’au moment où il est apparu nécessaire de leur rendre leur liberté dans des espaces plus vastes.

Cette alliance de la modernité et de la nature désignait l’ambassade pour s’engager dans la démarche des « ambassades vertes ». Avec l’aide du GERES, ONG française implantée depuis 20 ans au Cambodge, l’ambassade a ainsi établi son bilan carbone, identifié les secteurs où des efforts étaient nécessaires et pris les mesures permettant de réduire ses émissions : installation de panneaux solaires à la résidence, modernisation du parc de climatiseurs, remplacement des ampoules par des LED, réduction du nombre de véhicules. En quatre ans, l’ambassade a ainsi réduit ses émissions de 15 %.

Evénement mobilisateur pour les agents, qui ont eux-mêmes approfondi leur connaissance de l’histoire de l’ambassade à cette occasion, la participation aux journées du patrimoine a permis de communiquer non seulement sur notre patrimoine, symbole de la continuité et de la solidité des relations franco-cambodgiennes, mais aussi sur l’art de vivre à la française et nos ambitions en matière de climat.

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