Accès rapide :

L’Inspection générale passe au crible l’Ambassade de France en Syldavie

Gautier Mignot - 28 août 2014

Partager

Partager

Toutes les versions de cet article : [English] [Español] [français]

Le temps où les ambassadeurs et les consuls généraux étaient les seuls maîtres à bord est révolu. Aujourd’hui, les diplomates sont tous évalués, y compris les chefs de poste. C’est ce qu’on appelle l’évaluation à 360 °. Des missions d’inspection approfondie, réalisées par l’Inspection générale du Ministère des affaires étrangères, ont aussi lieu régulièrement.

Avertissement : toute ressemblance avec des inspections véritablement réalisées ne serait que pure coïncidence… !

Arrivée en Syldavie

Il fait frais en ce lundi matin et un léger brouillard plane sur l’aéroport de Klow, la capitale de la Syldavie. Trois silhouettes sortent de l’avion. Ce sont des inspecteurs du ministère des Affaires étrangères qui débarquent de Paris. Leur mission : inspecter l’Ambassade de France au Royaume du souverain Ottokar IV.

Accueillis par le premier conseiller et accompagnés à l’Ambassade, ils ont à peine déposé leurs bagages dans les chambres de la résidence de l’Ambassadeur que débute la réunion de cadrage avec celui-ci. L’ambiance est quelque peu tendue. L’Ambassadeur a fait l’objet, il y a quelques mois, d’une « évaluation à 360° » très mitigée.

Tous les ans, en effet, chaque Ambassadeur est soumis à cette évaluation : les directeurs du ministère en relation avec lui mais aussi ses collaborateurs sont consultés, de manière anonyme, sur ses performances, sous tous les angles, de la gestion d’équipe au travail politique en passant par ses qualités relationnelles avec les interlocuteurs locaux.

Récemment, le Ministre a mis fin à la mission d’un autre ambassadeur qui avait fait l’objet d’une mauvaise évaluation et de deux rapports d’inspection calamiteux. Ce n’est donc pas sans une certaine nervosité que notre Ambassadeur à Klow a appris, deux semaines plus tôt, par télégramme diplomatique, l’arrivée de cette mission d’inspection.

Un marathon d’entretiens

Mais au cours des premières heures de la mission, l’ambiance se détend : les premiers entretiens individuels entre les inspecteurs et l’ensemble des agents du poste font rapidement apparaître que l’Ambassadeur a tiré les leçons de l’évaluation à 360° et que son style de management s’est beaucoup amélioré.

Il a pris par ailleurs des mesures énergiques en matière de diplomatie économique, priorité du Ministre, ce que les principaux chefs d’entreprise français en Syldavie confirmeront le lendemain à la mission d’inspection.

Les Ambassadeurs d’Allemagne, du Royaume-Uni et le chef de la Délégation de l’Union européenne, également rencontrés, émettent le même jugement positif sur l’action de notre ambassade et son rôle dans la concertation européenne sur place. Les inspecteurs en profitent pour comparer leur dispositif et leurs moyens à ceux que nous déployons en Syldavie.

La mission des inspecteurs se poursuit : passage en revue des différents services de l’ambassade

La deuxième matinée d’inspection commence par une réunion avec les agents syldaves ou français, recrutés localement. De brefs échanges suffisent à constater un sérieux déficit de dialogue social dans le poste. Malgré des salaires nettement inférieurs par rapport à ceux servis dans les autres ambassades européennes en Syldavie, la hiérarchie du poste n’a pris aucune initiative pour répondre à la revendication des agents et exposer ce problème au Département. L’Inspection recommandera qu’une étude précise soit menée pour chiffrer le décalage salarial et proposer une revalorisation de la grille des salaires.

Le service des visas

Le service des visas de la section consulaire, fortement sollicités par les nombreux touristes syldaves souhaitant aller voir la tour Eiffel, tourne bien.

Les Inspecteurs sont particulièrement attentifs au respect des procédures, car des rumeurs de corruption ont récemment circulé sur Internet : ils vérifient de manière aléatoire certains dossiers de demande de visa, s’assurent que chaque dossier fait l’objet d’un traitement par au moins deux agents, vérifient que la hiérarchie procède à des contrôles inopinés et réguliers. Ils s’assurent aussi que les demandes sont traitées dans un délai de quelques jours –le ministre y tient particulièrement- et que les usagers sont bien accueillis.

Le service de coopération et d’action culturelle

De son côté, le conseiller de coopération et d’action culturelle leur fait part de ses préoccupations : son service voit son enveloppe de coopération diminuer fortement d’année en année ; le lycée franco-syldave, saturé, doit impérativement trouver une nouvelle implantation pour s’étendre et les financements correspondants ; l’Institut français de Syldavie, enfin, dont les cours de français sont très courus et les manifestations culturelles appréciées du public local, ne fait pas encore assez d’efforts pour développer des partenariats avec d’autres institutions culturelles syldaves ou étrangères et avec les entreprises françaises.

Le service de gestion

Rien à dire non plus du côté de la gestion de l’ambassade et de la résidence : les comptes sont bien tenus et les tableaux de gestion montrent que les remboursements reçus par l’Ambassadeur sont conformes avec les frais engagés pour les réceptions. L’Ambassadeur dispose d’un véhicule acheté sur ses deniers propres pour ses déplacements non-professionnels et ceux de son épouse. Il a engagé lui-même une employée qu’il rémunère pour le ménage de la partie privée de la résidence.

Les bâtiments de l’ambassade

Enfin, les inspecteurs visitent l’ensemble des emprises immobilières françaises pour identifier de possibles biens à vendre. Depuis plusieurs années, le ministère des affaires étrangères ne bénéficie plus de crédits de construction ou de gros entretien immobilier : ses seules ressources proviennent des ventes d’immeubles ou de terrains et la plupart de celles qui étaient envisageables ont déjà été réalisées.

En Syldavie l’immeuble contigu à l’Ambassade et qui héberge une partie des agents (contre paiement d’un loyer au ministère du budget) est dans un piteux état. Les inspecteurs étudient avec le chef du service commun de gestion de l’Ambassade la possibilité de monter un partenariat public-privé avec un promoteur qui, comme à Tokyo, reconstruirait un immeuble plus élevé pour le mettre en location et nous fournirait en contrepartie des appartements neufs.

Retour de mission

Leur mission de quatre jours terminée, les Inspecteurs tiennent une réunion de restitution avec l’Ambassadeur, avant de partir pour Szohôd, la capitale de la Bordurie voisine, où ils vont inspecter une mission diplomatique dirigée depuis quelques mois par une diplomate dont c’est le premier poste d’ambassadrice (les « primo-ambassadeurs » sont quasi-systématiquement inspectés).

GIF - 1020 ko
Quand on fuit la délégation syldave et qu’on tombe sur la délégation bordure au grand complet.
(Source : Chroniques diplomatiques)

De retour à Paris, les inspecteurs rédigeront dans les jours suivants leurs rapports d’inspection, assortis de recommandations. Ces rapports sont lus par les plus hautes autorités du Département, à commencer par le Ministre qui, souvent, les annote et donne des instructions de mise en œuvre. Six mois plus tard, les deux ambassades et les services du ministère devront rendre compte de la mise en œuvre des recommandations de l’Inspection. Si des problèmes sérieux persistent - ce qui est rarement le cas - une nouvelle inspection pourra être diligentée, prélude souvent à des mesures plus énergiques.

L’Inspection : une plongée passionnante dans le monde des ambassades

Les missions d’inspection mettent en lumière la diversité de nos représentations diplomatiques, dont la taille et les missions varient fortement en fonction du contexte local et des relations que la France entretient avec le pays de résidence. Assurées par une quinzaine d’inspecteurs, eux-mêmes diplomates expérimentés, parfois associés à des inspecteurs issus d’autres ministères, ces missions permettent de constater, dans la très grande majorité des cas, que nos ambassades fonctionnent efficacement et tirent le meilleur parti des ressources limitées qui sont mises à leur disposition, loin des clichés des « soirées champagne et Ferrero Rochers chez l’Ambassadeur »…

Partager

Partager

29060 vues


Mot-clé :

Commentaires

  • Rien dans ce document sur l’évaluation du Département des Inspections et des Contre Inspections. « Tous ceux qui ont le pouvoir tente d’abuser d’elle » disait Jefferson.

    1er septembre 2014, 09:07, par Gheorghe Constantinescu

    Répondre à ce message

Publier un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message


MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2017