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La langue arabe et moi

Thierry Vallat - Quai d’Orsay, Paris, France - 25 novembre 2014

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Lorsque j’ai cherché, à mon retour en France, une structure dans laquelle mes enfants pourraient continuer à apprendre l’arabe, j’ai fait face aux difficultés traditionnelles dans ce genre de situation, relatives à la distance, aux horaires et à la qualité de l’enseignement.

Ce à quoi je ne m’attendais pas en revanche c’est l’étonnement, l’incompréhension, voire la suspicion avec laquelle ma démarche a parfois été accueillie. « Mais pourquoi donc voulez-vous que vos enfants apprennent l’arabe ? » est certainement la question que j’ai entendue le plus souvent, déclinée dans de nombreuses variantes et parfois accompagnée d’une interrogation sur mes croyances religieuses.

Je n’ai jamais été confronté à ces interrogations lorsque nous avons inscrit nos enfants en cours d’anglais et je ne crois pas que je l’aurais été non plus si j’avais voulu leur faire apprendre l’espagnol, l’allemand ou même le chinois.

Alors quoi ? L’arabe ne serait-il pas une langue comme les autres ? Vouloir le faire apprendre à des enfants serait-il dangereux pour leur avenir ?

Je n’ignore pas que l’image de cette langue a été entachée par l’usage qu’en ont certains groupes terroristes, Al Qaïda et Daech pour ne citer que les plus récents et les plus connus. Mais réduire l’arabe à la seule expression de quelques entités fanatiques et ultra-minoritaires serait aussi idiot que d’affirmer que l’allemand est une langue de nazis.

L’arabe est d’abord une des grandes langues de communication internationale. Parlée par plus de 300 millions de personnes, elle est l’une des 6 langues de travail de l’ONU. Elle est aussi la langue officielle de plusieurs puissances régionales économiques, financières et/ou géostratégiques. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle fait l’objet d’un recrutement spécifique par le Ministère des Affaires étrangère et que nombre d’arabisants font chez nous des carrières remarquables.

C’est aussi une langue avec laquelle notre pays entretient une proximité qui fait d’elle sans conteste la plus familière des langues les plus étrangères, comme l’illustre le très grand nombre de mots français d’origine arabe. La géographie, l’histoire et les réalités humaines expliquent certainement ce rapport ambigu avec celle qui est aujourd’hui la première langue étrangère parlée couramment en France.

L’apprendre revient donc à se doter d’un outil irremplaçable de communication avec une partie du monde non moins incontournable, comme François 1er l’avait déjà bien compris lorsqu’il créa en 1530 la première chaire d’arabe en France.

Mais, je l’avoue, ce n’est pas uniquement pour que mes enfants trouvent plus facilement leur place dans le monde multi-polaire de demain que je souhaite qu’ils connaissent l’arabe. C’est aussi, et peut-être avant tout, parce que c’est une langue à mes yeux merveilleuse, à la fois poétique, mathématique, artistique et philosophique. Sa grammaire est extrêmement logique. Les calligraphies et les sonorités de son alphabet sont d’une beauté sans nom. Son vocabulaire est infini et sa structure porte des concepts susceptibles de vous faire voyager bien loin.

Enfant, déjà, j’étais fasciné par l’arabe que je percevais comme une sorte de code secret dont la connaissance pouvait seule donner accès à certains trésors cachés. Je n’étais finalement pas loin de la réalité. J’ai éprouvé un plaisir immense à ouvrir une à une les premières portes de ce temple sacré et je souhaite à tout le monde d’avoir la chance et la patience de faire de même.

Par la discipline et la rigueur qu’il exige, par les frustrations et les moments de découragement qu’il suscite, l’apprentissage de l’arabe peut s’apparenter à celui du latin. Mais par sa remarquable capacité d’adaptation, l’arabe est aussi une langue bien vivante. Grâce à ses mille et un visages, elle est tout aussi capable d’évoquer le sacré, de chanter l’amour, de traiter de l’exil, que de décrire une révolution.

Sachant tout cela, comment aurais-je pu priver mes enfants de la chance d’apprendre l’arabe ?

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