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Le dimanche à Bamako : chronique d’une mission de renfort presse

Lorris Mazaud - Bamako, Mali - 27 juin 2014

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"Lorris, vos vaccins sont à jour ?"

Il y a des questions dont tous les diplomates connaissent d’avance l’issue. "Vous n’avez pas peur du chaud / du froid / des mines antipersonnelles ?"

Ces questions ne signifient qu’une seule chose : vous allez manquer pas mal d’épisodes de Game of Thrones au cours des prochaines semaines.

Un peu d’appréhension…

"C’est parfait, reprend mon chef, vous partez à Bamako en mission de renfort presse. Les collègues ont besoin de vous au Mali !"

J’entends déjà les questions de ma mère :

- Le Mali... le pays en guerre où des terroristes détruisent des mausolées ?
- C’est ça maman.
- Le pays où il y a eu un coup d’État récemment ?
- Bingo !
- Le pays avec des enlèvements...

Je n’ai pas le temps d’imaginer la fin de l’échange que déjà on me dit :
"En tout cas, merci pour votre disponibilité ! Et bonne chance, vous allez nous manquer !"

Je travaille à la direction de la Communication et de la Presse du ministère des Affaires étrangères et du Développement international, la DCP. Pour être tout à fait précis, j’y occupe les fonctions "d’adjoint au Porte-parole, chargé des affaires africaines".

Mes collègues m’ont affectueusement nommé "le chat noir de la DCP" pour ma propension à tomber sur les pires permanences téléphoniques. Celles où il faut, au milieu de la nuit, répondre aux questions de la presse suite à un tremblement de terre dans un pays d’Asie centrale dont, mal réveillé, vous n’êtes pas sûr d’avoir bien compris le nom.

Vu mon passif, j’appréhende donc un peu cette mission à Bamako, en janvier 2013, quelques jours à peine après le début de l’intervention militaire française au Mali. La stabilité est-elle vraiment assurée dans la capitale ? Serai-je à la hauteur des attentes placées en moi ? Et nom de Dieu, suis-je au point sur la discographie d’Amadou et Mariam ?!

Un an plus tard, ces interrogations me font sourire. En effet cette mission est restée l’un de mes plus beaux souvenirs professionnels. Il faut dire que Bamako est une ville épatante : un fleuve majestueux, des collines à perte de vue, une cuisine incroyable etc. Chanceux comme je suis, j’ai même eu droit à un supplément, à savoir la visite surprise d’un président de la République, de quatre ministres et l’afflux d’une bonne centaine de journalistes venus couvrir l’événement.

Mais reprenons dans l’ordre. En quoi consiste une mission de renfort presse ?

La mission de renfort presse : définition

A peine utile de rappeler que nous vivons à l’ère de l’instantané et de l’information en continu. Quand une crise éclate quelque part, les médias accourent dans l’heure. Il leur faut des images, des explications, des interviews... bref, ils doivent informer. C’est une noble mission.

Pour une ambassade, tout cela représente du travail. Elles sont en effet en contact quotidien avec les journalistes. Ces échanges sont essentiels pour recueillir des informations, transmettre des messages, expliquer les positions françaises sur les grands dossiers de l’actualité internationale etc. Les ambassadeurs donnent régulièrement des interviews dans les médias locaux. Il peut également leur arriver de recevoir, en lien avec la direction de la presse à Paris, des journalistes français de passage dans leur pays de résidence. Ils ont alors des entretiens en "off", où leurs propos sont attribués à "une source diplomatique". Ce format est très pratique. Il leur donne notamment plus de latitude pour évoquer certains dossiers.

En cas d’événement majeur dans l’actualité internationale, l’envoi d’un renfort presse peut être utile pour aider les collègues à faire face à la pression médiatique et à l’afflux de journalistes. C’est ainsi que, dès mon arrivée à Bamako, je suis mis à contribution pour rédiger des synthèses de presse, organiser les entretiens de l’ambassadeur avec les journalistes, préparer des éléments de langage, écrire des projets de réponses à des interviews écrites, mais aussi garder un œil sur la sécurité des journalistes en reportage au Mali et donner un coup de main à l’équipe, très sympathique, qui s’active à l’ambassade.

L’événement qui change tout

Le rythme de travail est très soutenu, mais tout s’apprête à basculer, le 31 janvier 2013. Un matin, je sens une agitation particulière dans les couloirs de l’ambassade. Quelque chose d’euphorisant et d’électrique circule dans l’air. J’en avise un collègue, qui passe en courant.

- Tu n’as pas entendu qu’il venait ?
- Pardon mais... qui doit venir ?
- Mais le président de la République triple buse !

48 heures plus tard, le Président sera effectivement au Mali, accompagné des ministres de la Défense, des Affaires étrangères, et du ministre délégué chargé du Développement.

La mécanique qui se met en œuvre pour assurer la réussite d’un tel déplacement est impressionnante. Elle réunit tous les services d’une ambassade, en lien avec les équipes de l’Élysée. Tout y est planifié, mesuré et contrôlé jusque dans les moindres détails. La journée est exceptionnellement dense, puisqu’en moins de 24 heures, le président se rendra à Bamako, à Tombouctou, s’entretiendra avec les autorités de transition, rencontra des représentants de la communauté française et prononcera un discours important sur la place de l’Indépendance. Je pense qu’elle a également constitué une réussite, à laquelle je suis heureux d’avoir pu contribuer, à mon petit niveau, sur le volet presse.

Quand je rentre de mission....

Cadeau surprise

Un dernier souvenir sur cette visite ? Au cours de son déplacement à Tombouctou, tout juste reconquise, le Président a reçu un cadeau d’exception : un chameau (ou un dromadaire, je confonds à chaque fois). Surpris, mais visiblement touché, le chef de l’État indique qu’il l’utilisera "autant que possible comme moyen de locomotion".

Le lendemain, j’assiste à une conversation surréaliste dans le bureau de l’ambassadeur sur le moyen de rapatrier l’animal en France. Dans cette pièce, une équipe de diplomates et de militaires évoque, le plus sérieusement du monde, les examens vétérinaires que le chameau va devoir passer, le plan de vol pour le ramener à Paris via Bamako, la perspective de son accueil par un zoo... Je dois me pincer plusieurs fois pour être certain de ne pas rêver.

Finalement, le rapatriement ne pourra pas se faire (incompatibilité avec les pelouses de l’Élysée ?), et il me semble avoir lu que l’animal avait, depuis, fini dans une assiette. Dommage …. Nul doute qu’il aurait animé les jardins de la Présidence.

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Le titre de ce billet est une référence à la chanson "Le dimanche à Bamako" du groupe malien Amadou et Mariam
Les gifs présents dans ce billet sont issus du tumblr "Chroniques diplomatiques"

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Commentaires

  • Excellent papier ! Mais pour avoir lu le tout dernier livre de Jean-Christophe Notin consacré au Mali, je puis vous rassurer : l’animal a été offert au berger dont les parachutistes français avaient endommagé le champ !

    1er juillet 2014, 15:20, par Sophie

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  • Pour m’être personnellement opposé, à Tombouctou, au destin cruel qu’un adjudant-chef de la légion étrangère réservait audit chameau, je peux vous apporter la précision suivante : le chameau a été offert, en accord avec les autorités militaires françaises locales, à une coopérative agricole proche de l’aéroport, dont une partie du potager avait été endommagée lors des largages de matériel au moment de la prise de l’aéroport !

    1er juillet 2014, 14:26, par subsecreto

    Répondre à ce message

  • Excellent papier ! Pour avoir lu le tout dernier livre de Jean-Christophe Notin sur le Mali, je puis vous rassurer : l’animal a été cédé au berger dont les parachutistes français avaient endommagé le champ.

    1er juillet 2014, 17:04, par Sophie

    Répondre à ce message

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