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Mission en Corée du Nord, terre diplomatique inconnue

Vincent Sciama - Pyongyang, Corée du Nord - 3 avril 2015

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Nous sommes en 2008. Je n’ai pris mes fonctions à la sous-direction d’Extrême-Orient que depuis quelques semaines lorsqu’on m’annonce que je dois préparer une mission d’information en Corée du Nord. Lauréat de concours, je n’ai alors qu’une vague idée de ce que cela recouvrait ou impliquait pour le rédacteur. Or, je m’apprête à vivre l’une de mes expériences les plus fortes au ministère.

J’ai déjà raconté ici comment j’avais eu le privilège d’accompagner des vétérans du bataillon français de la Guerre de Corée lors de leur voyage commémoratif, cinquante-cinq ans après les faits, et son déroulement imprévu. J’aurais été plus précis si j’avais indiqué que cette année, qui s’était achevée en Corée du Sud, avait débuté pour moi en Corée du Nord, au-delà du 38e parallèle.

Pour un diplomate occidental, la Corée du Nord est une terre diplomatique inconnue.
L’importance de la propagande, le rôle de l’armée et son idéologie d’autosuffisance (Juche) la placent déjà à part sur la scène internationale, spécificité renforcée par le développement de son programme nucléaire. La mission se déroule également deux ans après le premier essai nucléaire par Pyongyang.

La France n’entretient pas de relations diplomatiques bilatérales avec la Corée du Nord mais le ministère des Affaires étrangères et du Développement international organise régulièrement des missions officielles sur le terrain. Il faut bien recueillir un certain nombre d’informations sur la situation politique, économique et sociale du pays, mais aussi entretenir des contacts avec les responsables du régime, assez limités à Paris.

La logistique, facteur de succès ou d’échec

Dans le cas de ce déplacement en Corée du Nord, les questions de logistique ont vite pris une grande importance, facteur décisif de succès ou d’échec du déplacement. Après quelques semaines de préparation, en liaison avec nos postes à Pékin et Séoul, nous partons via Pékin à Pyongyang.

Au programme du déplacement : des entretiens dans la capitale avec des responsables politiques et des fonctionnaires nord-coréens, un déplacement en province, avec la visite de deux projets humanitaires conduits par des ONG françaises.

Le vol lui-même entre Pékin et la capitale nord-coréenne, bien que court, nous met déjà dans le bain : du cockpit nous parvient de la musique patriotique à plein volume au survol du lieu d’une bataille gagnée par les armées nord-coréennes et chinoises lors de la Guerre de Corée. Nous arrivons à l’aéroport, modeste, avec deux pistes et un aérodrome vétuste. Quel contraste avec celui de Pékin qui se prépare à accueillir les Jeux olympiques.

Sur le tarmac, l’accueil par un officiel est frais, au milieu de soldats. Après un trajet en voiture jusqu’à l’hôtel, l’installation se fait sous le regard ironique d’un collègue qui m’a déconseillé de prendre une chambre au-dessus du 10e étage, plus chère. La crainte de faire un faux pas en s’adressant à une personne non autorisée à parler à des étrangers est permanente. Les négociations pour nous faire facturer au juste prix les prestations (transports surtout) sont compliquées. Suivent les visites de rigueur de la place centrale, théâtre habituel de manifestations de masse, de la tour du Juche, du palais du peuple mais aussi d’un restaurant panoramique désert dont le cuisinier est appelé de toute urgence à notre arrivée.

Vue de la place centrale de Pyongyang, et de la Tour du Juche | Photo : V. Sciama

Pyongyang est triste et colorée à la fois, avec ses grandes avenues libres de toute circulation à l’exception de berlines fonçant à tombeau ouvert. A quelques dizaines de kilomètres de là, à Nampo, nous rendons visite à une équipe d’humanitaires français qui travaille à un programme de pisciculture afin d’améliorer le quotidien d’ouvriers travaillant sur d’autres chantiers. Nous sommes reçus par le responsable du village, qui se met en quatre pour faire honneur à ses hôtes venus de si loin. On sent, sous et au-delà du regard de l’officiel du MAE nord-coréen qui nous accompagne tout au long de nos déplacements, un réel souhait d’échange et d’hospitalité, dans un environnement assez difficile.

L’étape suivante nous mène à la visite d’un chantier de réhabilitation d’un hôpital à Pyongsong, lui aussi à quelques kilomètres de la capitale. Une ONG souhaite y construire une salle d’opération, et nous a invités à visiter les lieux. Difficile d’imaginer des actes chirurgicaux dans de telles conditions. En dépit des risques que la réhabilitation de la salle ne profite qu’à une minorité choisie de la patientèle, nous avons le sentiment d’avoir accompli un acte utile en finançant ce chantier humanitaire au profit d’une population éprouvée.

Depuis cette mission et d’autres qui ont suivi, la coopération humanitaire et culturelle est au cœur de la vocation du Bureau français qui a été établi à Pyongyang. Il œuvre également au renforcement de la place du français, car même si c’est moins le cas qu’il y a quelques années, la langue française est pratiquée en RPDC par certains cercles qu’il s’agirait d’élargir.

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