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"Opération Antilope "- Episode 2 : l’intervention sur le terrain

Patrick Lachaussée - Quai d’Orsay, Paris, France - 16 septembre 2014

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Octobre 1997 : alors que la crise au Congo-Brazzaville touche de nombreuses grandes villes du pays, et que Pointe Noire est à son tour frappée par des scènes de violences, le président de la République décide que nous devons intervenir.
Episode 1 : planifier l’opération depuis Paris

Intervention imminente

Dans les minutes qui suivent la réunion et sur la base des conclusions de celle-ci, le président de la République décide que nous devons intervenir. Les militaires ont besoin de trois heures pour lancer l’opération. On réveille l’ambassadeur de France à Libreville pour lui demander de faire immédiatement une démarche. Il faut informer les autorités gabonaises que des hélicoptères français vont décoller de Port Gentil pour intervenir dans le pays voisin et tenter d’exfiltrer des ressortissants français, européen et congolais. Au même moment, au Quai d’Orsay, une démarche similaire est demandée par le Directeur des Nations unies au Représentant permanent de la France auprès de l’ONU à New York. On lui demande de prévenir le Secrétaire général des Nations Unies et les représentants du conseil de sécurité que nous allons organiser cette opération. La même démarche est réalisée à Bruxelles auprès de la Commission européenne et des Représentants permanents des Etats Membres de l’UE.

Une intervention à haut risque

Le nom de code de l’opération est « Antilope ». Alors que nous avons participé à l’élaboration du dossier de planification sur la base des informations recueillies en amont et celles obtenues à chaud, les militaires de l’Etat-Major des Armées prennent le relai pour traduire tout cet ensemble de données dans ce qu’on appelle la planification opérationnelle. Ainsi, ils se lancent dans la conduite d’une opération à haut risque. Il manque beaucoup d’informations. Nous ne savons que peu de choses sur les forces en présence : combien sont-ils ? Quel est leur état d’esprit ? - Agressifs, belliqueux, antifrançais, on ne sait rien - Quel est leur armement ? L’opération doit se faire de nuit avec des commandos aguerris et entraînés. Un autre élément manque, les communications avec l’homme qui avait appelé le ministère sont désormais impossibles et on ne sait pas s’il y a des victimes parmi le groupe.

Malgré cela, les hélicoptères décollent vers 3h30 et volent en direction du sud. En même temps, un avion transportant un relai de communication prend son envol et permettra ainsi aux hélicoptères de communiquer avec les officiers qui suivent l’opération depuis Port Gentil, Libreville et Paris. Ils traversent la frontière avec le Congo et foncent sur la clairière. Au même moment, un officier de l’Etat-Major parvient à joindre l’homme qui nous avait appelés quelques heures auparavant. Après plus d’une centaine d’appels sans réponse, la communication était enfin rétablie. L’Officier lui donne la conduite à tenir.

Cette situation nous a convaincu de poursuivre nos efforts pour récolter le maximum d’informations en amont des crises sur les communautés isolées, car, malgré la préparation, l’anticipation et la récolte de toutes ses informations que nous avions pu réaliser, la situation de ses personnes aurait pu être bien différente et beaucoup plus tragique. C’est toute cette chaîne de planification que nous avons depuis instauré systématiquement. Il faut aussi noter le courage de nos militaires qui, au péril de leur vie et ne sachant pas où ils allaient mettre les pieds, ont réussi à évacuer toutes ces personnes.

L’opération « Antilope » sera une grande réussite. Les 80 personnes seront évacuées. 80 au départ, elles seront 81 à leur arrivée à Libreville. Une petite fille est née sur le tarmac au moment où les hélicoptères se posent. Ses parents la prénommeront Antilope.

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