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Quand j’étais secrétaire de chancellerie

Thierry Vallat - Quai d’Orsay, Paris, France - 21 février 2014

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Quel concours choisir ?

Quand je suis entré dans ce ministère en catégorie B, il y avait pas mal de choses que j’ignorais. C’est d’ailleurs certainement pour ça que je suis rentré en catégorie B.

Selon le petit livret édité à l’époque par le bureau des concours, mes diplômes me permettaient de me présenter aux épreuves de catégorie A. Selon la rumeur et les informations fournies par la plupart de mes amis, je n’avais absolument aucune chance de réussir un tel concours, n’ayant fait ni sciences po ni l’ENA. Selon le principe du déterminisme social, j’aurais même plutôt dû passer le concours de catégorie C, étant issu d’une famille dans laquelle personne n’avait fait d’études supérieures. Faisant tant bien que mal la synthèse de toutes ces influences contradictoires, j’avais finalement opté pour le concours de secrétaire de chancellerie du Ministère des Affaires étrangères.

Ce que je ne savais pas, c’est que, statistiquement, ce concours est l’un des plus sélectifs du MAE.

J’ignorais que l’épreuve de culture générale ressemblerait au grand oral de l’ENA, que les épreuves de langues étaient beaucoup plus difficiles que celles du bac et que le Conseiller d’Etat qui allait m’interroger à l’oral me poserait des questions dont, à mon avis, seuls quelques agrégés en droit public connaissent la réponse. Heureusement que je ne le savais pas, sinon je ne me serais même pas inscrit.

La passion de l’étranger

A l’époque, comme aujourd’hui d’ailleurs, on retrouvait parmi les lauréats des concours B et C, pas mal de plus ou moins jeunes hommes ou femmes ayant déjà roulé leur bosse et fait d’excellentes études. Beaucoup, comme moi, avaient été VSN (ancêtre du VI) et avaient déjà vécu plusieurs années à l’étranger. Certains avaient exercé une activité professionnelle provisoire ou suivi leur passion et, voyant la trentaine arriver, commençaient à se chercher un statut plus stable permettant de ne pas renoncer totalement à leur rêves de voyage et d’inconnu. Le MAE était fait pour eux et vice-versa.

Comme moi, la plupart ne savait pas trop où ils mettaient les pieds. On allait le découvrir petit à petit.

A l’époque, il y avait dans nos têtes une sacrée distance entre les B et C d’un côté et les A de l’autre. On se vouvoyait, on ne déjeunait pas ensemble, on ne se voyait pas en dehors. Entre agents de la même catégorie, c’était exactement l’inverse. Ca laisse des souvenirs mémorables.

Un bon nombre d’entre nous voyait le statut de catégorie B comme une étape transitoire, plus ou moins longue, vers les concours de catégorie A. En même temps, on sentait bien que la carrière de secrétaire de chancellerie était quelque chose d’incroyable avec des possibilités d’affectation aux quatre coins du monde, des responsabilités énormes et un mode de vie exaltant. Le premier secrétaire de chancellerie que j’avais rencontré était un collègue proche de la retraite. Il avait fait un nombre incalculable de postes et pour lui Paris n’était qu’une affectation parmi d’autres. Son parcours m’avait totalement fasciné.

C’est sûrement pour cela que la plupart d’entre nous se sont engagés sur cette voie sans hésiter et aujourd’hui, je n’en connais aucun qui le regrette.

15 ans plus tard

D’autres ont continué à passer les concours et ne l’ont pas regretté non plus. J’en fais partie. Ce n’est pas que ce soit mieux ou pire d’être secrétaire de chancellerie, secrétaire ou Conseiller des Affaires étrangères. C’est juste une autre carrière, un autre métier. Cela dépend des goûts et des talents de chacun.

Moi, après deux postes en B, j’ai eu envie de changer, travailler dans le domaine politique. Entretemps, j’avais totalement oublié toutes les choses que j’avais pu entendre sur les difficultés réelles ou supposées des concours d’entrée au Quai d’Orsay et les différences ontologiques entre les membres des différents corps administratifs. Je ne me posais plus de questions. C’est sûrement en partie pour ça que j’ai réussi.

Le plus ironique dans cette histoire, c’est que si je fais le décompte de tous ceux qui sont rentrés en B avec moi au cours de mes trois premières années au MAE, je m’aperçois, 15 ans après, que presque la moitié sont devenus A, soit par concours soit par promotion interne. Ca c’est encore quelque chose que je ne savais pas. Ca peut ressembler à de la pure promo, mais c’est une réalité palpable. Le quai d’Orsay qu’on dit si accroché aux traditions est quand même aussi une vraie machine à promotion sociale qui offre aux plus capables, aux plus motivés et parfois aux plus chanceux aussi, des carrières à la hauteur de leurs ambitions. C’est pour cela que les agents sont si attachés à ce Ministère.

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Commentaires

  • Cet article me redonne le sourire et du courage pour préparer pour la seconde fois le concours B... un grand MERCI !

    26 mars 2014, 11:58, par Sabrina

    • Bien sûr ne désespérez pas, avec juste un BEPC +2 années de comptabilité, je suis entrée aux AE en 68 comme contractuelle (à l’époque cela se faisait) en 72 j’ai passé le concours d’adjoint administratif et en 79, après un essai infructueux celui de secrétaire administratif en interne (donc plus accessible quant au nombre de places offertes) et en 97, après avoir toujours exercé à Nantes, mes enfants ayant grandi, j’ai postulé pour l’étranger (Beyrouth puis Rabat) où je n’ai pas compté mes heures mais dont je garde de merveilleux souvenirs jusqu’en 2003 date à laquelle j’ai demandé ma mise en retraite. Je ne peux que vous encourager à persévérer, avec mon faible bagage, si j’y suis arrivée, vous le pouvez tout autant Cordialement

      10 juin 2014, 02:04, par Anne

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  • Merci pour ce billet. Préparant le même concours avec une expérience similaire, cela me fait du bien d’entendre l’opinion de quelqu’un en interne (bien que cela ne me rassure pas sur l’épreuve orale à venir). Bonne continuation !

    20 mars 2014, 20:04, par Elodie

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  • Quelle belle déclaration d’amour envers son métier ! Moi qui prépare les concours, cela a un effet plus que motivant.

    25 février 2014, 21:11, par Dodier

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  • Super témoignage.

    22 février 2014, 16:16, par Sylvain

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