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Triple choc à Lomé

Marc Fonbaustier - Triple choc à Lomé - 7 novembre 2014

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Je suis arrivé à Lomé le 8 septembre 2014. En triple néo : néo-ambassadeur, néo-africain, néo togolais. Triple choc. Donc, triple défi d’adaptation à relever. Et surtout une triple raison d’être humble et prudent.

D’emblée, la vie personnelle prend le pas sur le cadre protocolaire. Je sors de l’avion. Il n’est que 18h30 mais il fait déjà une nuit d’encre. Mes enfants me suivent. Le chef du Protocole togolais m’attend. Je remarque son large sourire en descendant la passerelle : « Bonjour Excellence, bonne arrivée ! » me dit-il, suivant la formule traditionnelle au Togo. Il est en boubou orange et noir…Ma fille Gaia, âgée de 7 ans, donne le La : « T’as un chouette costume, dis… ! »Entre sérieux et bonne humeur, le protocole s’humanise et l’aventure peut commencer…

Inauguration à Lomé {JPEG}

Huit semaines et quelques sensations fortes plus tard, je suis séduit par cette Afrique de l’Ouest sub-tropicale, à la fois humide et chaude, verte et d’un brun rougeâtre, urbaine et rurale, située entre mer et terre.

Pourquoi ce sentiment d’équilibre ? Comment décrire mes impressions ?

Elles sont faites de sensations physiques d’abord. La chaleur humide est usante. La lumière est vive, crue et confère aux choses, aux couleurs, aux lignes, une netteté particulière. Ces sensations sont toutes aussi fortes lorsqu’on parcourt la ville de Lomé. De taille modeste, avec un million d’habitants, sillonnée par d’innombrables motos, des deux roues de tous types, le long de la Marina, animée par les femmes porteuses de fruits et de légumes et par les commerçantes du marché central, vendeuses de pagnes et d’articles hétéroclites, Lomé donne l’impression d’une grande ville de province, à taille humaine, où tout est accessible rapidement.

Il se nourrit de sensations psychologiques ensuite. L’Inspecteur général me l’avait dit : « une fois le pied posé sur le tarmac, tu n’es plus toi-même, car tu représentes quelque chose qui te dépasse et qui t’oblige ». C’est une vérité première, envahissante. « Excellence, Son Excellence, Votre Excellence… ». « Monsieur l’Ambassadeur ». On le sait. On s’y prépare avant de prendre son premier poste d’ambassadeur. Et on s’y habitue, sans pour autant entrer dans une routine dangereuse. Il y a dans la fonction même une part irréductible de solitude, mélange de distance, de respect plus ou moins sincère, d’attributions qui ne peuvent être déléguées, de transferts collectifs, de situations objectives. Je l’ai clairement vu lors de la remise des lettres de rappel et de créances, au moment des hymnes et de la comparution devant le président de la République togolaise, Faure Essozimna Gnassingbé. Mais j’avais déjà perçu la force de la fonction, lorsque le chef du Protocole m’a séparé de ma famille, à l’arrivée, pour me conduire dans la voiture officielle. Je n’étais plus le père de mes enfants. J’étais alors l’Ambassadeur de France. Pour redevenir ensuite, bien heureusement, un père… Car il faut des forces de rappel, des antidotes.

Premier antidote : la famille, qui imprime une continuité de l’être, une stabilité identitaire, loin des jeux de rôles…

Deuxième antidote : la communauté de travail, l’esprit d’équipe, la confiance dans le Premier collaborateur et dans les chefs de service, la proximité avec les agents, expatriés ou locaux, qui déjouent le syndrome de la tour d’ivoire et structurent le travail diplomatique. A Lomé, j’ai la chance de pouvoir compter sur un « tour de table » de collaboratrices et de collaborateurs dévoués au service public, expérimentés et très bien disposés.

Troisième antidote : quelques activités extra-professionnelles libératrices, dans lesquelles on se retrouve soi-même. Le karaté, la pêche en mer, la découverte des arts africains, autant d’occasions de rencontres authentiques, de décentrage de soi et d’apprentissage de l’Autre.

Quatrième antidote : la spiritualité, nourrie de méditation, de l’écoute de grandes œuvres musicales et de quelques lectures roboratives. Et bien se rappeler, régulièrement, que rien ici, surtout pas les moyens de l’Etat mis à la disposition de l’ambassadeur, n’est détachable de ses fonctions et de la mission qui lui est confiée.

Elles reposent également sur des sensations professionnelles et elles sont légion. Nous disposons, au Togo, de tous les leviers d’une diplomatie globale. Notre politique étrangère y est bien, suivant l’orientation voulue par le Ministre, une action extérieure « grand angle ». C’est un petit pays, dans la région, par sa superficie et sa population. Mais c’est un allié historique, frère d’arme (engagé très tôt au Mali, à nos côtés), une plate-forme régionale, un point d’entrée vers le Nord et l’Ouest, un point d’ancrage stable, ferme et sûr (pour nos navires…) dans un environnement compliqué. En deux mois, j’y ai déjà vécu plusieurs moments forts. L’accueil par les Chefs de services à l’aéroport. Une visite d’orphelinat. Une escale de navire de la marine nationale, avec les honneurs militaires, l’hymne, le passage en revue de l’étendard. L’inauguration avec le Premier Ministre togolais d’écoles formant les professionnels de santé, équipées de matériels et équipements fournis par notre pays. Une réunion du Comité consultatif local, avec les représentants des recrutés locaux, où nous avons pu mesurer ce qui sépare et rapproche, entre administration et syndicats, vérifier les vertus du dialogue, de l’écoute et du respect. Enfin, mes impressions sont peut-être fondées , surtout, sur des sensations humaines. Quel autre métier permet, au cours d’une même journée, de côtoyer un Contre-Amiral, un Premier ministre, des syndicalistes, un chef traditionnel, le Directeur d’une cimenterie, l’Evêque d’Atakpamé et un président d’ONG danois débarqué au Togo il y a 40 ans ? Quelle richesse et quelle diversité de contacts !

Je me dis que je fais décidément un très beau métier que je suis ici à ma place : un ambassadeur en Afrique, au Togo.

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